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Actualités Recensions

La France à quitte ou double

Broché: 304 pages Editeur : Fayard (18 février 2015)
Collection : Documents
Langue : Français
ISBN-10 : 2213686505
ISBN-13 : 978-2213686509
Dimensions : 15,3 x 2,5 x 23,5 cm

 La France à quitte ou double

Se peut-il que la France se livre au Front National comme la Grèce s’est offerte au gouvernement d’extrême-gauche piloté par Alexis Tsipras ? Ce « quitte », François de Closets n’ose y croire. Pourtant, il se montre tellement perplexe face à l’insuffisance des réponses apportées par la classe politique qu’il fait de l’accession au pouvoir du parti de Marine Le Pen une probabilité à ne pas négliger. S’il dénonce avec vigueur le simplisme du programme du Front national, François de Closets tient surtout rigueur aux politiques d’avoir vécu dans le mensonge et la dénégation depuis quarante ans. Quarante années de laxisme et de lâcheté qu’il va peut-être falloir payer au prix fort. François de Closets estime que « le Front national prospère sur tous les errements de notre classe dirigeante. La remise en cause de l’identité nationale, la prescription de la mixité pluriculturelle, l’incertitude sur la laïcité, l’instrumentalisation de l’antiracisme, l’ignorance du communautarisme qui s’installe, font le jeu de Marine Le Pen. » (p. 296) Evacuant assez vite les questions identitaires et culturelles, l’observateur avisé qu’est F. de Closets revient avec force sur les graves errements économiques et sociaux qui, depuis des décennies, défont le pays : dette abyssale, présent acheté à crédit, désertification, abandon des populations habitant les périphéries… Voilà plusieurs décennies que l’auteur crie dans le désert, ne cessant de mettre en garde les responsables politiques et économiques. Les dangers qui guettent la France valent que tout soit mis sur la table sans quoi les déchirements sociaux et économiques seront tels que le champ libre sera donné à l’extrémisme. Un pays en cessation de paiement est toujours tenté par les sirènes du populisme ; ont-ils oublié cette leçon de l’histoire ces politiciens qui jouent leur partition sur le mot bien connu de la comtesse du Barry sur l’échafaud : « Encore une minute monsieur le bourreau ! ». De façon froide et réalise, l’auteur joue son rôle de lanceur d’alerte. Il le fait pendant qu’il est encore temps et que la France dispose encore de solides atouts. Attention, toutefois, à ne pas les gaspiller dans la frivolité et l’oubli des réalités.

Un livre grave et tonique.

 

François de Closets, La France à quitte ou double, Fayard, 2015, 301 pages, 20.90 €

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Recensions Témoignages

Libérez Tombouctou !

Broché: 256 pages Editeur : TALLANDIER (26 février 2015)
Collection : Témoignage
Langue : Français
ISBN-13 : 979-1021008557
ASIN : B00MF8NZSE
Dimensions : 21,5 x 2 x 14,5 cm

 Libérez Tombouctou !

Il est dans la nature de beaucoup de raconter ce qu’ils ont vécu au cours de circonstances extraordinaires. Le colonel Frédéric Gout n’a pas fait exception à la règle en publiant ses souvenirs de guerre. Après quelques mois passés au Mali en début 2013 à traquer les combattants d’AQMI (Al Qaïda au Maghreb Islamique), il a tenu à relater son expérience, de l’annonce de l’engagement au retrait des opérations. Commandant le groupe aéromobile au sein de la brigade Serval, Frédéric Gout plonge le lecteur au cœur de l’action. Plaisant à lire, le récit confirme l’excellence des matériels engagés ainsi que le professionnalisme des soldats engagés dans cette fameuse opération Serval, destinée à libérer le Mali de la menace islamiste. Le témoignage est vif. Comme tout bon militaire, le narrateur sait aller droit au but. A y regarder de plus près, il n’est pas impossible que ce qui fait la force du récit soit la source, pour une part, de certaines faiblesses qui, si elles ne sont pas rédhibitoires, laissent une étrange impression. Le lecteur habitué au récit des batailles d’autrefois doit s’y faire : la guerre d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle d’hier. Adieu les gros bataillons et bienvenue à de petits groupes supérieurement entraînés, capables de délivrer une terrible puissance de feu. Au-delà de ces changements d’ambiance et ces considérations tactiques, Libérez Tombouctou est de nature à perturber l’habitué des récits classiques. Sans qu’il faille remonter loin, on est loin de Paul Carrel (Ils arrivent) ou de Cornelius Ryan (La bataille de Berlin). Guerre de techniciens et de professionnels, la guerre au Mali est l’archétype de la guerre asymétrique et impersonnelle d’aujourd’hui, une guerre du faible au fort où le vainqueur final n’est pas toujours celui que l’on croit. A noter : ces figures de style agaçantes attachées à ce sabir politiquement correct qu’on utilise dans les armées : on ne doit plus dire « ennemi » mais « élément ». Un véhicule « impacté » signifie qu’il a été « détruit », et ainsi de suite…

 

Frédéric Gout, Libérez Tombouctou !, Tallandier, 2015, 256 pages, 18.90 €

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Histoire Recensions

Les cent derniers jours d’Hitler

Broché : 277 pages
Editeur : Perrin (12 mars 2015)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262050236
ISBN-13 : 978-2262050238
Dimensions : 29,5 x 2,5 x 23,5 cm

 Les cent derniers jours d’Hitler

Une fois de plus, en spécialiste reconnu de la Seconde Guerre mondiale, Jean Lopez vient de frapper un grand coup. Dans ce livre grand format, illustré de photographies pour la plupart inédites, il raconte jour après jour l’agonie du III° Reich, celui qui, dans l’esprit fumeux et hystérique de son inventeur, devait durer mille ans. Cette « chronique de l’apocalypse » s’attache principalement à relater les « derniers jours de la vie du Führer […], ses déplacements, ses proclamations, ses actes de gouvernement et de commandement militaire, sa vie quotidienne et ses humeurs… » Dans un Reich dont le territoire se réduit comme une peau de chagrin, pilonné jour et nuit par l’aviation alliée, menacé par une Armée rouge surpuissante, se vit le dernier acte du gigantesque drame qui avait commencé six ans plus tôt. Dans une Europe qui globalement, vit en paix depuis 1945, on a du mal à imaginer la violence barbare qui s’est déchaînée. Avec son talent coutumier, Jean Lopez a su recréer l’ambiance de cauchemar propre à ce drame d’une ampleur inouïe. Dans une Allemagne en proie à la destruction, hantée par l’arrivée du rouleau compresseur soviétique avide de vengeance, alors que la guerre est perdue, le système nazi accomplit jusqu’au bout son œuvre de destruction. A l’égard de son propre peuple d’abord, appelé à suivre le régime au fond du gouffre : les tièdes, à commencer par les déserteurs, sont impitoyablement éliminés. Et plus généralement à l’égard de toute vie humaine. On demeure confondu de penser que, jusqu’au bout, la machine concentrationnaire poursuit son travail de mort. Alors que tout est perdu, le nazisme entend gagner du temps pour achever l’anéantissement du peuple juif et des slaves, ces races jugées dégénérées par celle des « seigneurs ». A l’aide de nombreux témoignages, fort des plus récentes avancées de la recherche historique, Jean Lopez retrace le calvaire d’une Europe en proie à la mort et au chaos. Alors qu’il n’y a plus d’issue, Hitler lance ses ultimes ressources pour continuer d’alimenter le brasier qu’il avait allumé en 1939 avec la torche de la fureur.

On ne saluera jamais assez la fluidité du style et la clarté du propos, marques de fabrique des ouvrages signés Jean Lopez. Ce livre s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs.

 

Jean Lopez, Les cent derniers jours d’Hitler, Perrin, 2015, 277 pages, 24.90 €

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Recensions Témoignages

A la rencontre des Français

Broché: 320 pages Editeur : Le Cherche Midi (7 janvier 2015)
Collection : Documents
Langue : Français
ISBN-10 : 2749140501
ISBN-13 : 978-2749140506
Dimensions : 22 x 2,7 x 14,1 cm

 A la rencontre des Français

Comme un certain nombre d’hommes politiques, le député des Pyrénées Jean Lassalle est de plus en plus inquiet : les Français n’ont plus confiance en leur pays. Ils sont habités par un sentiment décliniste que rien ne paraît vouloir enrayer. Les causes de ce malaise sont diverses : beaucoup ne reconnaissent plus le pays dans lequel ils sont nés et ont grandi. Désireux de prendre en compte la méfiance du peuple à l’égard des élus et des décideurs, Jean Lassalle a entrepris de réaliser un tour de France à pied pour aller à la rencontre des Français. Pour le député des Pyrénées, il devient urgent que le personnel politique quitte le confort des palais nationaux pour rencontrer les électeurs, à seule fin de les écouter. Que ce soit dans les cités dites sensibles ou dans les déserts ruraux, Jean Lassalle a eu le temps de sentir l’humeur maussade et pessimiste d’un peuple qui ne croit plus en son avenir. Il faut bien dire que le constat n’invite pas à l’optimisme. Bien sûr, avec son esprit gaulois, le Français a toujours été prompt à râler. Son insatisfaction chronique est un peu sa marque de fabrique. Le problème, c’est qu’ici l’ensemble de compteurs sont au rouge : paysans se débattant dans les dettes, France précaire des sans-emploi et des sans-dents, sentiment de résignation, peur d’une mondialisation privilégiant la finance, etc. Le marcheur a raison de mettre en avant ce qui subsiste – et qui n’est pas mince – de philanthropie et qui se vit en particulier dans le bénévolat et l’esprit associatif. Il n’empêche : même ces derniers paraissent en recul, le chacun pour soi et l’individualisme gagnant sans cesse sur l’esprit communautaire. Au fil de ces rencontres, du petit chef d’entreprise, au fonctionnaire, à l’agriculteur et au retraité, le lecteur découvre un paysage éclaté et désespérant, comme si les Français ne s’aimaient plus, comme s’ils avaient du mal à faire société. Certains, d’ailleurs, ne cachent pas le sentiment jusqu’au-boutiste qui les anime lorsqu’ils confient au député leur envie de « tout faire péter ». Une France disparaît, une autre naît. Devant tant d’incertitudes, les attitudes de repli n’ont rien de surprenant. Il était salutaire qu’un député prenne le pouls de cette France qui désespère, une France éloignée des centres de décision, là où, au contraire, souffle le vent plus optimiste des Français qui ne craignent pas la mondialisation.

 

Jean Lassalle, A la rencontre des Français, Le Cherche-Midi, 2015, 318 pages, 17 €

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Recensions Témoignages

Passion Kaboul

Broché : 355 pages
Editeur : CERF EDITIONS (25 septembre 2014)
Collection : HISTOIRE A VIF
Langue : Français
ISBN-10 : 2204098795
ISBN-13 : 978-2204098793
Dimensions : 24 x 1,9 x 15 cm

 Passion Kaboul – Le père Serge de Beaurecueil

Après ses biographies des pères Jaussen et Anawati, Jean-Jacques Pérennès, l’actuel directeur de l’Institut Dominicain des Etudes Orientales (IDEO), s’est intéressé à un autre membre de la prestigieuse équipe des fondateur de l’IDEO, au Caire : le P. Serge de Beaurecueil. Passant rapidement sur les jeunes années du P. de Beaurecueil, l’auteur le place vite dans le contexte où il va faire fructifier son talent. Alors que ses confrères dominicains s’intéressent à la langue arabe ou à la théologie musulmane, Serge de Beaurecueil choisit la mystique en étudiant les œuvres du grand mystique afghan Abdullah Ansari. Il en devient assez vite le spécialiste. Mais, alors qu’il vit une vie assez paisible au Caire, ne voilà-t-il pas qu’il ressent une irrépressible attirance pour le pays natal d’Ansari, l’Afghanistan. Le P. de Beaurecueil est alors âgé d’un peu plus de 45 ans. L’appel est si fort qu’après un premier séjour il décide de s’y fixer. L’Afghanistan de cette époque est un pays coupé du monde, pauvre, où traditions et coutumes ancestrales sont un frein puissant à toute tentative de réforme. Il en faudrait plus pour ralentir le désir de Serge de Beaurecueil, désireux de se faire Afghan au milieu des Afghans. Là où tout prosélytisme est interdit, il entretient d’excellents rapports avec les autorités politiques et religieuses de ce pays quasiment coupé du monde, englué dans les rets d’un islam très strict et les conflits inter-ethniques. A son arrivée, le P. de Beaurecueil est enseignant, puis directeur d’école. Cette activité n’aura qu’un temps car il est vite rattrapé par les réalités de ce pays pauvre, en particulier par le cas de ces gosses perdus qu’on trouve dans la rue. D’enseignant le P. de Beaurecueil va devenir éducateur et sa demeure accueillera bientôt une vingtaine de gamins de la rue. Là, sans prosélytisme, juste par amour, il devient ce grand-père qu’ils appellent « padar ». Devant quitter le pays après l’invasion soviétique, Serge de Beaurecueil quitte l’Afghanistan en 1983 ; il n’y reviendra plus. Une dernière rencontre avec ses orphelins, quelque vingt ans plus tard, lui permettra de prendre pleinement conscience de l’importance de l’œuvre qu’il a laissée là-bas, reprise depuis par l’un de ses pensionnaires. L’association « Afghanistan demain » poursuis l’œuvre du Padar : l’accueil et l’éducation des enfants laissé dans la misère. Merci au P. Jean-Jacques Pérennès d’avoir eu la belle idée de nous raconter la vie si pleinement et bellement donné du P. de Beaureceuil.

 

Jean-Jacques Pérennès, Passion Kaboul, Cerf, 2014, 355 pages, 24 €

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Recensions Religion

Chrétiens en danger. Vingt raisons d’espérer

Broché: 194 pages
Editeur : Béatitudes (1 septembre 2013)
Langue : Français
ISBN-10 : 2840245124
ISBN-13 : 978-2840245124
Dimensions : 21 x 1,7 x 13,5 cm

 Chrétiens en danger. Vingt raisons d’espérer

Dans ce petit livre, facile et plaisant à lire, Marc Fromager, l’actuel directeur de l’Aide à l’Eglise en Détresse, se livre à l’examen de vingt pays dans lesquels la vie des chrétiens n’est pas de tout repos. Le catalogue des maux qu’ils subissent, du meurtre à la vexation, est large. Si les situations sont évidemment différentes selon les pays, il ressort de ce tableau que les chrétiens constituent la minorité religieuse la plus persécutée dans le monde.

Continent par continent, Marc Fromager a choisi vingt pays dans lesquels les chrétiens sont exposés à une persécution quasi continue. Quand ils sont minoritaires, les chrétiens souffrent des brimades des extrémistes, musulmans quand il s’agit de l’Asie et de l’Afrique, hindous quand sont concernés les vingt-cinq millions de chrétiens qui vivent en Inde. Même s’ils sont majoritaires, leur situation peut devenir dangereuse ; par exemple, les assassinats de prêtres, au Brésil ou en Colombie, sont monnaie courante. S’il ne se livre pas à une analyse des raisons qui expliquent la recrudescence des violences anti-chrétiennes, l’auteur n’hésite pas à mêler ses expériences personnelles à des considérations plus larges touchant aussi bien la géopolitique que l’évolution des phénomènes religieux sur la planète. Pour chaque cas rencontré, qui va de l’Irak à la Chine en passant par le Kosovo, Marc Fromager explique les raisons qu’il y a d’espérer. Car, malgré les avanies et les persécutions, les chrétiens tiennent debout. Les chrétiens de Mossoul, qui ont tout perdu, et qui n’avaient de choix qu’entre la conversion à l’islam ou la fuite, viennent de prouver combien les mots de saint Paul résonnent dans notre monde : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2ème épître aux Corinthiens). Ils ont quitté leur foyer, ont tout perdu et pourtant aucun n’a renié sa foi. On imagine difficilement la force de tels témoignages. En Inde, les extrémistes hindous s’en prennent aux chrétiens parce qu’ils savent que ces derniers ne répliqueront pas, mais cela n’empêche pas les conversions. Au Nigeria, nombreux sont les musulmans à être impressionnés devant la patience et l’esprit de pardon qui animent les communautés chrétiennes. Si le sang des martyrs est semence de chrétiens, leur ténacité et leur accueil de l’autre l’est tout autant.

Une belle et poignante leçon pour les chrétiens pépères que nous sommes.

 

 

Marc Fromager, Chrétiens en danger. Vingt raisons d’espérer, Editions des Béatitudes, 2013, 194 pages, 14 €

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Histoire Recensions

Inferno – La dévastation de Hambourg (1943)

Broché : 424 pages
Editeur : Perrin (8 janvier 2015)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262038511
ISBN-13 : 978-2262038519
Dimensions : 24 x 3,3 x 15,5 cm

 Inferno : La dévastation de Hambourg (1943)

Après un premier ouvrage consacré aux nombreux drames qui suivirent la signature de la paix en mai 1945, l’historien britannique Keith Lowe récidive dans la narration de la terreur et de la destruction. Ames sensibles s’abstenir ! Dans ce livre de bout en bout passionnant, l’auteur nous fait revivre les jours et les nuits d’horreur durant lesquels la ville de Hambourg fut, en 1943, rayée de la carte. Du 27 juillet au 2 août, des raids aériens alliés incessants vont plonger la principale métropole de l’Allemagne du nord-ouest dans l’horreur. Vagues après vagues, bombardiers anglais et américains se succèdent pour mettre la ville à genoux. Le but est double : créer un traumatisme au sein de la population allemande et détruire les chantiers de sous-marin situés dans la zone portuaire. Pour être plus précis, les Américains bombardent le jour. Croyant davantage dans la protection qu’offre la nuit, les Anglais jettent tapis de bombes sur tapis de bombes, le plus souvent sur les quartiers d’habitation. Après trois énormes bombardements, la ville semble tenir le choc. Mais le plus dure reste à venir. Le 2 août, un orage de chaleur va décupler les effets des milliers de bombes jetées par quelque neuf cents appareils du Bomber Command. En cette nuit cataclysmique, un ouragan de feu – poussé parfois jusqu’à 1 400 C° – va précipiter dans la mort 45 000 personnes. Ce bombardement a laissé une trace dans la mémoire collective. Comme l’écrit l’auteur : « Au cours des années qui suivirent la catastrophe, la tempête de feu de Hambourg fit l’objet d’études scientifiques très approfondies, et les chercheurs en conclurent qu’aucun autre grand incendie, dans l’histoire documentée, ne l’a jamais égalé en intensité. » (p. 212)

Le récit de Keith Lowe pose une nouvelle fois la question de l’efficacité des bombardements massifs. Lancés pour briser le moral des populations civiles et hâter la paix, ils vont, une fois de plus, s’avérer totalement improductifs. Bombarder des villes ayant peu ou pas d’intérêt stratégique, anéantir des milliers de civils au prix de la destruction de centaines d’appareils alliés n’eut au final qu’un impact limité sur l’issue de la guerre. En termes stratégiques, le seul intérêt des bombardements était d’aspirer des moyens qui feraient défaut à la Whermacht sur des fronts terrestres. Fallait-il, pour cela, arriver à de tels massacres ? La question n’a pas encore trouvé sa réponse définitive.

 

Keith Lowe, Inferno, Perrin, 2015, 424 pages, 24 €

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Histoire Recensions

Bérézina

Broché : 199 pages
Editeur : Guérin (22 janvier 2015)
Collection : Démarches
Langue : Français
ISBN-10 : 2352210895
ISBN-13 : 978-2352210894
Dimensions : 21 x 1,5 x 13,2 cm

 Bérézina

Les débuts de siècle sont l’occasion de célébrer de maintes façons l’épopée napoléonienne. De 2004 (sacre de Napoléon à Notre-Dame) à 2021 (mort de l’Empereur à Sainte-Hélène), chaque année donne l’idée de se plonger dans la geste impériale. L’écrivain-voyageur Sylvain Tesson n’a pas attendu une quelconque célébration officielle pour prendre les devants. En 2012, avec quelques potes, dont des Russes, il a effectué à moto – un vieux side-car soviétique de marque Oural – le trajet qu’avaient réalisé, depuis Moscou, les survivants de la Campagne de Russie. En octobre 1812, dans une ville complètement détruite, l’Empereur Napoléon, navré du rejet de ses offres de paix par le tsar Alexandre I°, ne voyait plus d’autre recours que de regagner la France au plus tôt. C’était jouer gros car la neige, qui tomba d’abondance dès octobre, annonçait un hiver rigoureux. Deux siècles après, on demeure stupéfait devant les efforts surhumains déployés par des soldats marchant dans le froid sans nourriture. Encore ébahi par les exploits de la Grande Armée, Sylvain Tesson a effectué en une douzaine d’étapes les 2 500 kilomètres séparant Moscou de Paris. Il les a faits à sa façon : bravache et décalée. Bérézina offre le mélange des souvenirs du motocycliste contemporain et des pensées que lui procure cette équipée sauvage car, n’est-ce pas, « le mouvement encourage la méditation. La preuve : les voyageurs ont toujours davantage d’idées au retour qu’au départ. » (p. 177) Pour le reste, les habitués de la verve « tessonienne » ne seront pas dépaysés : l’auteur et ses acolytes ne se prennent jamais trop au sérieux, balançant entre souvenirs mélancoliques et rasades de vodka.

Il y a toujours de l’intérêt à lire Tesson : pour les histoires qu’il raconte, les souvenirs qu’il livre ainsi que son regard sur le monde qui tourne, un regard souvent impertinent et critique. Alors que notre monde porte au pinacle modes, consommation et réussite individuelle, voilà longtemps que Tesson s’est rallié à l’enthousiasme des soldats de l’Empire qui, eux, combattaient pour la gloire et l’honneur. La destinée du grognard, c’était la gloire ; l’horizon de l’individu d’aujourd’hui, c’est le shopping.

 

Sylvain Tesson, Bérézina, Editions Guérin, 2015, 199 pages, 19.50 €

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Littérature Recensions Religion

Les plantes de la Bible et leur symbolique

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Broché : 110 pages
Editeur : Cerf (21 novembre 2014)
Collection : BIB CERF
Langue : Français
ISBN-10 : 2204102709
ISBN-13 : 978-2204102704
Dimensions : 22 x 0,7 x 16,5 cm

 Les plantes de la Bible et leur symbolique

Parmi toutes les façons de lire la Bible, il en est une à laquelle nous pensons peu. La Bible évoque d’abord et avant tout l’ancienne et la nouvelle Alliances, la relation étroite entretenue entre Dieu et son peuple. Dans leur spécificité et à leur manière, chacun des livres parle longuement de cette relation, avec ses hauts et ses bas. En même temps qu’il y a cette histoire d’amour on peut imaginer les Ecritures comme un vaste décor, avec ses paysages, ses animaux et ses plantes. Tout cela n’est pas sans importance. On doit ce kaléidoscope de couleurs et d’odeurs au fait que toute l’histoire biblique tient en une terre – la Terre Sainte – bien particulière. Si l’histoire sainte s’était déroulée dans ce qui était autrefois la Gaule, le rapport au divin aurait-il été différent ? C’est possible car, après tout, on peut très bien penser que l’horizontalité du désert pousse à la verticalité. Une végétation luxuriante ou de type nordique semble à première vue plus propices au paganisme. Le désert pousse au contraire à une certaine radicalité. Il est la matière première du monothéisme, d’abord juif, chrétien ensuite, musulman enfin.

Puisque l’histoire biblique commence dans un jardin, il eut été regrettable que l’on ne s’intéressât pas aux plantes de la Bible. Dans ce petit ouvrage très pédagogique et bien illustré, Christophe Boureux, dominicain, présente une cinquantaine de plantes et d’arbres qui jalonnent le récit biblique : l’ivraie, la mandragore, la grenade, le cèdre, le lierre, le noyer, le blé, l’ortie… La présentation de chaque plante est illustrée d’un passage biblique. Dans son texte, l’auteur, Christophe Boureux, s’est attaché à décrire la symbolique attachée à chacune de ces plantes. Cette symbolique est d’une richesse parfois incroyable. Nous qui vivons dans un monde technicien avons oublié la fonction symbolique des choses qui nous entourent. Là où nous voyons un arbre, une plante, aussi beaux soient-ils, les anciens voyaient davantage.

Une belle et originale façon d’entrer dans le grand récit de la Création. Comme le dit la quatrième de couverture : « Bienvenue dans le jardin divin ! »

 

Christophe Boureux, Les plantes de la Bible et leur symbolique, Cerf, 2014, 109 pages, 14 €

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Biographies Recensions

Pétain

Broché : 1035 pages
Editeur : Perrin (28 août 2014)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262038856
ISBN-13 : 978-2262038854
Dimensions : 24,1 x 3,7 x 15,4 cm

 Pétain

Pourquoi une nouvelle biographie de Philippe Pétain alors que la recherche historique est déjà riche de plusieurs livres consacrées au chef de l’Etat français ? C’est peut-être que les biographies précédentes étaient engluées dans des querelles partisanes, pro et anti-Pétain se renvoyant la balle, les premiers pour lui trouver des circonstances atténuantes et les autres pour l’accabler. Jusqu’à 1940, une vie de Pétain s’écrit sous le mode du panégyrique. Passé juin 1940, la création de l’Etat français, la concentration de l’ensemble des pouvoirs, la collaboration avec la puissance occupante souhaitée dès la rencontre de Montoire, couvrent d’un voile sombre une période qui, quoiqu’on en pense, ne comporte pas que du blanc et du noir. C’est tout le mérite de Bénédicte Vergez-Chaignon que d’avoir respecté la complexité de l’Histoire grâce à ce travail magistral. Il n’y a pas de révélations à attendre de la lecture de cette très volumineuse biographie. Mais, on peut dire que l’auteur, maîtrisant parfaitement son sujet, donne du personnage et de l’époque la peinture la plus juste possible. Produisant un travail d’historienne, non de justicière, Bénédicte Vergez-Chaignon dissèque avec méthode la complexité du vainqueur de Verdun. Commandant d’un régiment à la déclaration de guerre en août 1914, Pétain gravit rapidement les échelons jusqu’au maréchalat auquel il accède en 1918. Fort de sa réputation de chef brillant et économe du sang des soldats, Pétain est rappelé de son ambassade espagnole alors qu’en ce mois de juin 1940 le pays se trouve dans une déshérence totale. Pétain apparaît à tout le monde comme l’homme providentiel. Chef de l’Etat jouissant de la confiance des parlementaires, il aurait pu se contenter de gérer la faillite du pays. Il va faire plus : « Vouloir rénover la France, la redresser, en mettant en œuvre les idées qui lui sont chères de longue date. » (p. 425) De là la naissance d’un régime qui, par bien des aspects, s’apparente à une dictature.

Il faut saluer le remarquable travail de Bénédicte Vergez-Chaignon, auteur d’un travail équilibré et très documenté. Sans jamais céder à la polémique, l’historienne restitue aussi finement que possible les enjeux dans lesquels se débattaient le maréchal Pétain et aussi, dans une moindre mesure, le général de Gaulle. Après ce Pétain, il sera très difficile d’aller aussi loin.

 

Bénédicte Vergez-Chaignon, Pétain, Perrin, 2014, 1 040 pages, 29 €