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Recensions Religion

Le vertige divin : La saga des stylites

Broché : 308 pages
Editeur : Cerf (20 mai 2014)
Collection : HISTOIRE
Langue : Français
ISBN-10 : 2204102350
ISBN-13 : 978-2204102353
Dimensions : 24 x 2,3 x 15,5 cm

 Le vertige divin

Qui se souvient encore de la saga de ceux qu’on appelle les stylites ? Dans la Syrie et la Palestine, des IV° au XI° siècle de notre ère, des moines décident de tout plaquer pour aller habiter au sommet d’une colonne. Non, vous ne rêvez pas, la chronique l’assure : des chercheurs de Dieu, voulant vivre jusqu’au bout dans l’ascèse, fuirent le monde pour se réfugier en haut d’une colonne surmontée d’une plate-forme d’environ un à deux mètres carrés. Ces hérauts de la mortification, dont Philippe Henne donne une image très réaliste, vont pousser toujours plus loin le désir de fuite du monde et de macération. La plupart de ces moines, à commencer par le plus connu d’entre eux, Siméon le Stylite, ont connu la vie cénobitique, en communauté. Poussant toujours plus loin l’exigence ascétique, voulant se rapprocher de Dieu, ils en arrivent à trouver la vie monastique trop accommodante avec l’esprit du siècle, d’où la nécessité de rechercher des formes extrêmes. Après la courte vogue des moines stationnaires vient le courant, lancé par Siméon, des moines stylites. Connus pour leur sainteté, les stylites poussent l’exigence à se faire construire une colonne qui sera leur demeure définitive. Là, personne ne viendra perturber leur soif de prière et leur exigence d’ascèse. Du haut de leur « perchoir », soumis aux intempéries, pouvant à peine s’étendre, se nourrissant de presque rien, les stylites vont écrire la page la plus impressionnante de la mystique chrétienne. Du haut de leur colonne, ces champions de la foi recherchent plusieurs buts : échapper à l’engouement du peuple chrétien à leur endroit afin de ne pas se laisser distraire, se consacrer corps et âme à la prière et à la méditation, nouer une relation verticale avec le divin, espérer gagner le salut au moyen de mortifications inouïes dont nous sommes bien incapables de comprendre le sens. Les stylites n’étaient pas fous. Ces athlètes de Dieu cherchaient avant tout à se rapprocher du Ciel, peu importe la dureté des conditions pratiques qu’ils devaient affronter. Si le pari de l’auteur était de décrire comment ces mystiques ont réussi à « manifester le triomphe de l’esprit sur le corps » (p. 95), eh bien il y a pleinement réussi.

 

Philippe Henne, Le vertige divin, Cerf, 2014, 309 pages, 22 €

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Recensions Religion

Les ressources de la foi

Broché : 274 pages
Editeur : Salvator (22 janvier 2015)
Collection : Forum
Langue : Français
ISBN-10 : 2706712600
ISBN-13 : 978-2706712609
Dimensions : 22 x 2 x 14,5 cm

 Les ressources de la foi

Le P. Henri-Jérôme Gagey, enseignant à l’Institut Catholique de Paris, vient d’écrire un ouvrage de réflexion consacré au présent et à l’avenir proche de l’Eglise catholique en France. Intitulé Les ressources de la foi, le livre du P. Gagey se donne pour mission d’explorer les conditions de l’évangélisation dans la France de 2015. Selon lui, devant cette « crise sans précédent », l’Eglise doit faire preuve d’imagination. Elle doit le faire en sachant qu’il n’existe pas de solutions pastorales miraculeuses et que « la nouvelle évangélisation se présente comme une opération complexe de déchiffrement de la situation et d’invention du nouveau style de vie d’Eglise. » (p. 40). On sent dans ces propos une référence à certains travaux du P. Ghislain Lafont, lui aussi désireux d’ « imaginer l’Eglise catholique ». Malheureusement, trois freins bloquent l’imagination. Il faut en effet en finir avec trois idées bien ancrées. L’Eglise n’est plus l’institution rituelle du salut qu’elle a été durant des siècles ni ce corps théologico-politique désireux, comme l’Etat, de s’ériger en société parfaite. En dernier lieu, même si l’on peut éprouver quelque nostalgie à l’égard de la civilisation paroissiale d’autrefois, le système paroissial apparaît lui-même de plus en plus inopérant. Alors que la société n’a que faire de l’Eglise et de la foi, la tentation des communautés pourrait être de se calfeutrer. Avant d’aller plus loin, l’auteur a tenu à faire un tour du côté des tenants de la pastorale d’engendrement ; soucieuse d’une saine coopération entre l’Eglise et la société, elle est susceptible de donner les outils nécessaires à la revitalisation de la foi. Car, dans l’ère du vide qui caractérise l’époque, l’Eglise n’a pas dit son dernier mot. Le philosophe Marcel Gauchet estime, par exemple, « que l’Eglise pourrait bien reprendre pied en se présentant comme une ressource pour la construction du sujet postmoderne fragilisé. ». Oui, l’Eglise a une belle carte à jouer en se présentant comme un peuple de témoins à l’écoute de nouveaux arts de vivre, ce que H.-J. Gagey appelle « le service évangélique de l’humain ». L’Eglise n’est pas à appeler à devenir une contre-culture. Avec les ressources de la Parole et de la raison, elle puise à sa source pour aider les contemporains à avoir une vie bonne, une vie qui ne se réduit pas à la seule consommation.

 

Henri-Jérôme Gagey, Les ressources de la foi, Salvator, 2015, 274 pages, 21 €

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Histoire Recensions

Waterloo 1815

Broché : 315 pages
Editeur : Perrin (15 janvier 2015)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262039402
ISBN-13 : 978-2262039400
Dimensions : 22 x 2,4 x 17,1 cm

 Waterloo 1815

Faute d’avoir commémoré à sa juste mesure l’éclatante victoire d’Auterlitz (1805 – 2005), peut-être la République cherchera-t-elle à « équilibrer la balance » en fêtant la défaite de Waterloo dont, en juin prochain, sera célébré le deuxième centenaire. Ainsi va la vie : nos dirigeants semblent préférer les raclées que se rappeler les triomphes de nos armées. D’ailleurs, si la délégation envoyée en Moravie en 2005 était des plus squelettiques, celle qui accompagnait les Britanniques se rappelant l’éclatant souvenir de Trafalgar était davantage étoffée. Curieuse nation qui préfère oublier ses victoires pour mieux se souvenir de celles de ses ennemis…

Thierry Lentz, l’actuel directeur de la Fondation Napoléon, a choisi de ne pas entrer dans cette polémique. Son livre figure parmi les premiers de la longue théorie des histoires de la bataille de Waterloo qui ne manquera pas de ponctuer l’année 2015. Nombreux sont les ouvrages de qualité à décrire par le menu les diverses phases de la batailles ; citons pour mémoire les Waterloo de Jacques Logie, Jean-Claude Damamme ou Alessandro Barbero, tous excellents. Habitué à des travaux de niveau universitaire et fort de connaissances encyclopédiques sur la période, Thierry Lentz a préféré écrire un livre pour Monsieur tout le monde. Facile à lire, doté d’une mise en page aérée, agrémenté d’illustrations de qualité, le livre de Thierry Lentz se place d’emblée parmi ces livres grand public qui, sans faire de bruit, en peu de pages, donnent l’essentiel. Phase après phase, c’est l’ensemble de la campagne de Belgique de ce mois de juin 1815 qui vaut l’objet de chapitres clairs et éclairants. Le lecteur averti n’attendra pas de révélations de ces pages ; peut-être même trouvera-t-il certaines phases de la bataille trop rapidement expédiées, cas, par exemple, de l’attaque mal montée du Ier Corps de Drouet d’Erlon. Mais l’intention de Thierry Lentz, l’un des meilleurs spécialistes de la période, n’était pas de raconter dans le détail ces jours funestes pour nos armes. Il s’agissait de donner un récit simple et circonstancié, compréhensible par tous et d’abord par les lecteurs peu au fait de la geste impériale. Dans ce cadre, le pari est pleinement réussi.

 

Thierry Lentz, Waterloo 1815, Perrin, 2015, 316 pages, 24.90 €

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Recensions Religion

L’Odyssée de la Bible : Études et thèmes

Broché : 977 pages
Editeur : Cerf (2 octobre 2014)
Collection : LIRE LA BIBLE
Langue : Français
ISBN-10 : 2204102776
ISBN-13 : 978-2204102773
Dimensions : 20 x 2,6 x 13,5 cm

 L’Odyssée de la Bible : Études et thèmes

Dominicain et professeur à l’Ecole biblique de Jérusalem, le P. Etienne Nodet s’est lancé dans un travail de titan qui consistait à disséquer la Bible par thèmes, de « Aaron » à « Zélote ». L’accomplissement d’une telle œuvre supposer une connaissance à la fois large et pointue de la Bible considérée comme objet d’études. Ce dictionnaire de plus de trois cents entrées permet un parcours complet couvrant l’ensemble des livres bibliques, de la Genèse à l’Apocalypse. Les articles sont généralement courts et le tout ressemble à s’y méprendre à un livre de poche. En lieu et place de gros dictionnaires pesant deux à trois kilos, L’odyssée de la Bible adopte une forme simple, souple et commode. Au fil de ces mille pages, Etienne Nodet réussit son pari de rendre proche le texte biblique et d’épuiser l’ensemble des thèmes qui parcourent les 73 livres qui la composent. Ainsi que le rappelle la quatrième de couverture, tous les thèmes et toutes les questions sont abordés : « Quelle est l’histoire de la rédaction de la Bible ? Quelles sont les sources de l’Ancien Testament ? Du Nouveau Testament ? Sur quels critères les livres qui la constituent ont-ils été retenus ? Qu’est-ce que la Bible hébraïque ? La Septante ? La Vulgate ?  Quelle est l’histoire de sa réception à travers les siècles ? » et ainsi de suite.

Les articles sont truffés de références scripturaires qui permettent le recours facile aux sources sans avoir à se reporter aux notes de bas de page ou de fin d’ouvrage. Cette commodité n’est cependant pas sans inconvénients. Le texte paraît haché par tous ces « Lc 13, 18-21 » ou « Si 44, 16-19 » qui, en eux-mêmes, demandent une connaissance minimale des références bibliques. Le plaisir de la lecture s’en trouve considérablement amoindri car la présence aussi proche et cadencée de toutes ces références pousse à l’usage systématique de la Bible. C’est la raison pour laquelle cette Odyssée semble plus faite pour les chercheurs et les étudiants que pour le grand public. Paradoxalement, en voulant jouer la praticité Etienne Nodet a tellement alourdi l’usage du texte qu’est bannie la lecture

 

Etienne Nodet, L’Odyssée de la Bible : Etudes et thèmes, Cerf, 2014, 977 pages, 29 €

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Actualités Recensions

Une révolution sous nos yeux

Broché : 556 pages Editeur : L’artilleur
Édition : Poche (12 février 2014)
Collection : TOUC.ESSAIS
Langue : Français
ISBN-10 : 2810005702
ISBN-13 : 978-2810005703
Dimensions : 11 x 3,2 x 18 cm

 Une révolution sous nos yeux – Comment l’Islam va transformer la France et l’Europe

Editorialiste au Financial Times, le journaliste américain Christophe Caldwell s’intéresse de près l’évolution contemporaine de l’Europe occidentale. Lauréat du Prix du livre incorrect 2012, il a écrit un livre choc dont le sous-titre est en lui-même tout un programme : « Comment l’islam va transformer la France et l’Europe ». Après les événements qui ont ensanglanté la capitale en ce début d’année, j’avoue avoir regardé d’un œil suspicieux le livre de C. Caldwell, présupposant une charge assez violente à l’encontre de l’islam. Mais quoi ! Péguy avait raison : il faut voir ce que l’on voit ! Quarante ans d’immigration peu contrôlée, voire incontrôlée, sont en train de bouleverser le visage du vieux continent. Cela mérite qu’on s’y attarde, qu’on laisse de côté anathèmes et jugements approximatifs pour analyser un phénomène qui se massifie. Livre choc, le livre de C. Caldwell est avant tout un livre d’analyses. L’arrivée massive de populations ayant une histoire et une culture qui ne sont pas les nôtres pose inévitablement question. L’erreur de beaucoup de politiques est de minorer les changements induits par de tels flux. Tout se conjugue pour donner du grain à moudre aux partis qui font de l’immigration leur cheval de bataille. Ce qui hier ne concernait que des lieux peu nombreux et facilement identifiables fait tâche d’huile, tant est si bien qu’on en est venu à parler des « territoires perdus de la République ». Bien qu’employant un langage modéré, l’auteur ose appeler un chat un chat. Quand des personnes appellent à l’application de la Charia dans nos sociétés démocratiques avec tout ce que cela suppose dans les comportements, comme la minorisation de la place de la femme, la vigilance s’impose. Une révolution sous nos yeux est un livre qui a pour vocation d’alerter, de pousser à la réflexion. Tout responsable politique qui se respecte devrait s’approprier la thématique développée ici. Sans langue de bois, à l’aide de nombreux exemples, l’auteur se montre convaincant. J’émets toutefois deux réserves : l’islam est plus divisé que ne l’affirme C. Caldwell et il faut aussi s’interroger sur la place et le rôle des musulmans modérés, voire même des musulmans laïques. Tout musulman n’est pas un adepte de la Charia.

 

Christophe Caldwell, Une révolution sous nos yeux, Editions du Toucan, 2009, 539 pages, 11 €

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Histoire Recensions

Hitler et la France

Broché : 429 pages
Editeur : PERRIN (4 septembre 2014)
Langue : Français
ISBN-10 : 2262039631
ISBN-13 : 978-2262039639
Dimensions : 24 x 2,9 x 15,5 cm

 Hitler et la France

Dans Mein Kampf, Adolf Hitler n’a jamais fait mystère de ce qu’il pensait de la France et du sort qu’il lui réservait si un jour elle devait finir vaincue par la puissance germanique. De la France Hitler admire l’architecture du Grand Siècle et le génie militaire de Napoléon. En tant qu’ancien combattant du front des Flandres durant la Première Guerre mondiale, il conserve de la considération pour ceux qui ont vécu dans les tranchées, de quelque bord qu’ils fussent. Pour le reste, s’agissant de la France, il n’a jamais fait mystère de son mépris d’une puissance qu’il tient pour dégénérée. Voilà la pensée que l’auteur prête à Hitler : « La France, par sa tradition coloniale, est la pourvoyeuse des « races inférieures » en Europe. » (p. 24). Avec son esprit mégalomaniaque, il la juge « enjuivée », soumise à des politiciens véreux, envahie par des hordes d’apatrides qu’il appelle « métèques ». Bref, en plus d’être un ennemi héréditaire, la France est aux yeux du maître du III° Reich un pays qui compte pour presque rien et qui doit son prestige à sa seule renommée passée. Il est vrai que la monumentale défaite de mai-juin 1940 donne raison à Hitler : en un mois, l’armée que l’on croyait la plus puissante de la coalition alliée est rayée de la carte, le pays envahi, l’Etat annihilé. Plusieurs considérations retiennent Hitler quant à sa volonté d’occuper totalement le pays : le sort de la flotte, la quatrième du monde, et le désir de faire de la France soumise un partenaire de choix dans la carte de l’Europe nouvelle que ses armées dessinent. L’entrevue de Montoire, entre Hitler et Pétain, laisse deviner l’Europe souhaitée par le premier : un ensemble de peuples et de gouvernements asservis devant apporter leur contribution à la lutte implacable menée à l’est contre l’Union Soviétique. La collaboration s’avéra au final un jeu de dupes, un pillage monumental qui, s’il avait duré, aurait ramené la France au rang d’une puissance de second ordre.

Spécialiste reconnu de la Seconde Guerre mondiale, Jean-Paul Cointet donne un récit remarquablement étayé, une évocation sobre et suggestive de ce qu’aurait été l’Europe si l’Allemagne nazie avait gagné la guerre.

 

Jean-Paul Cointet, Hitler et la France, Perrin, 2014, 429 pages, 23.90 €

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Littérature Recensions

Dictionnaire amoureux des dictionnaires

Broché : 998 pages
Editeur : Plon (3 mars 2011)
Collection : Dictionnaire amoureux
Langue : Français
ISBN-10 : 2259205119
ISBN-13 : 978-2259205115
Dimensions : 20 x 5 x 13,5 cm

 Dictionnaire amoureux des dictionnaires

Dans la série des Dictionnaires amoureux publiée par les Editions Plon, celui consacré aux dictionnaires, que l’on doit à la plume précise et féconde d’Alain Rey, est sans doute le plus fourni. C’est que, aidé par une érudition sans failles, Alain Rey multiplie les entrées, tant classiques qu’originales. L’essentiel de ce monument est occupé par des biographies de créateurs, de tous ceux qui, dès les temps les plus anciens, avaient le ferme désir de mettre en catalogues la totalité du savoir connu. Le travail qu’ils ont fourni donne lieu à la seconde grande série des entrées de ce Dictionnaire amoureux ; je veux parler des grands dictionnaires qui, sous tous les temps et toutes les latitudes, ont marqué le savoir humain : dictionnaires allemands, anglais, chinois ou arabes, latin (merci Gaffiot !) et grec (merci Bailly !). Si le livre d’Alain Rey se moque des records, il n’omet pas d’exhiber des données parfois vertigineuses, comme ce dictionnaire chinois du XV° siècle qui finit par atteindre onze mille volumes ! Plus de deux mille rédacteurs s’y étaient attelés.

D’une précision diabolique, ce Dictionnaire amoureux des dictionnaires se caractérise surtout par la virtuosité de son auteur. Auteur de plusieurs dictionnaires dont le célèbre Dictionnaire culturel, Alain Rey fait preuve d’une science quasi universelle. Existe-t-il un dictionnaire au monde dont il n’ait entendu parler ? Paradoxalement, c’est peut-être cette profusion qui déconcerte le lecteur. Emmené sur des chemins inconnus, il risque d’être désarçonné par la fougue de l’auteur de ce dictionnaire pas tout à fait comme les autres. L’historien Jacques Le Goff était, aujourd’hui disparu, était appelé l’ « ogre historien » du fait de son appétit de travail. Ne pourrait-on pas qualifier Alain Rey, par comparaison, d’ « ogre linguiste » ?

 

Alain Rey, Dictionnaire amoureux des dictionnaires, Plon, 2011, 998 pages, 27 €

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Littérature Recensions

Dictionnaire amoureux de la Langue française

Broché: 752 pages
Editeur : Plon (6 novembre 2014)
Collection : Dictionnaire amoureux
Langue : Français
ISBN-10 : 2259221572
ISBN-13 : 978-2259221573
Dimensions : 20,2 x 3,9 x 13,4 cm

 Dictionnaire amoureux de la Langue française

Décidément, qu’elle est belle cette collection des « Dictionnaires amoureux » ! C’est avec un bonheur sans cesse renouvelé que le lecteur accompagne l’auteur dans un domaine qui, bien que circonscrit, incite à la liberté et au vagabondage. Dictionnaire amoureux de Stendhal, de Proust, du piano ou de l’humour, telles sont les dernières productions d’une collection qui va son petit bonhomme de chemin.

Conformément à l’esprit de la collection, les entrées ne sont pas nombreuses, environ cent cinquante. Elles peuvent alterner noms propres (par exemple « Rimbaud, Arthur ») et groupes de mots curieux et originaux (par exemple « Langage macaronique » ou « Baragouins et Cie »). A l’originalité qui fait l’esprit de la collection, Jean-Loup Chifflet, en plus de son savoir, y ajoute sa marque de fabrique : l’humour. L’article « Incendiaires de la langue » est particulièrement savoureux qui fait exploser le langage policé sous les coups de boutoir d’écrivains de caractère comme Léon Bloy ou Léon Daudet. Voyez ce que Léon Bloy écrivait de Francisque Sarcey, écrivain oublié du XIX° siècle : « Il est le nénuphar de l’enthousiasme et le bromure de potassium de la poésie. »

Autre belle surprise : les emprunts réalisés au français par des langues comme l’anglais ou le russe. Si l’on a raison avec Etiemble de se lamenter de l’invasion du franglais, qu’on se rassure en sachant que les mots grand hôtel et rendez-vous sont passés dans le langage courant Outre-Manche, et qu’en russe on dit képka pour képi et pilôty pour pilote.

L’auteur transmet avec passion et fougue son amour fou de la langue française. Comme il est regrettable que nous ne fassions pas davantage attention aux atours dont elle se pare. Les mots sonnent comme ils respirent ; ils vivent selon une petite musique délicieuse. « Oui, c’est moi, semblent-ils nous dire, voyez comme mon son est agréable et doux à l’oreille. » L’article intitulé « Musique » nous fait entendre cette magie de la langue au travers des titres de pièces composées par un Couperin, un Rameau ou un Satie : La Voluptueuse, L’Espagnolète, La Coulicam, Peccadilles importunes, Vieux sequins et vieilles cuirasses, etc.

Un dictionnaire amoureux… et savoureux !

 

Jean-Loup Chifflet, Dictionnaire amoureux de la Langue française, Plon, 2014, 736 pages, 24 €

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Histoire Recensions

Une histoire du III° Reich

Broché: 527 pages
Editeur : Perrin (6 novembre 2014)
Langue : Français
ISBN-10 : 226203642X
ISBN-13 : 978-2262036423
Dimensions : 24 x 3,5 x 15,5 cm

 Une histoire du III° Reich

Il existe déjà tellement d’ouvrages consacrés au nazisme et au III° Reich que l’on se demande bien ce que peut apporter de nouveau le livre de François Delpla.

Une histoire du III° Reich et non L’histoire du III° Reich… Beaucoup est dit dans le choix de ce titre. Le but de l’auteur n’était pas d’écrire l’histoire exhaustive du III° Reich mais d’en donner une perspective différence de ce qui s’écrit généralement sur le sujet. L’arrivée d’Hitler au pouvoir, la constitution de l’Etat totalitaire, les luttes d’influence au sein de l’appareil nazi, l’administration des territoires occupés constituent les chapitres les plus marquants de l’ouvrage. Si l’on suit bien l’auteur, sa thèse est que le rôle d’Adolf Hitler apparaît absolument central. Il n’est pas le personnage médiocre dont une certaine historiographie a consacré l’image. Parti de rien, ce peintre amateur, lecteur boulimique et inachevé, politicien sans scrupules ayant forgé la plus implacable des idéologies, a réussi à mettre dans sa poche et à écraser sous sa botte des millions d’Européens. Si l’on considère ce seul résultat, l’ « exploit » n’est pas mince. Cette simple constatation ne doit en rien cacher le côté diabolique et impitoyable du régime. Comment le peuple allemand, sans doute le plus éduqué d’Europe à l’époque, s’est livré corps et âme à un tel dictateur demeure pour partie une énigme que l’ouvrage de F. Delpla s’emploie à éclairer ? Avec l’auteur, sans doute faut-il croire que « les Allemands ordinaires, dans leur majorité, s’étaient laissés prendre à la mise en scène hitlérienne, d’autant plus efficace qu’elle tirait parti d’une forme de sincérité et même d’ingénuité. » (p. 508) N’est-ce pas Rivarol qui disait que les peuples changeaient volontiers de maîtres, pensant trouver mieux ? Avec Hitler, le peuple allemand avait trouvé son mauvais génie.

Le livre de François Delpla n’est pas un livre facile. Il est davantage une analyse s’inscrivant dans la chronologie qu’une histoire classique ; il suppose donc une connaissance assez fine de la période. Cela dit, et en dépit de quelques maladresses au sujet des opérations militaires qui signent l’apogée de la chute du « Reich millénaire » voulu par Hitler, cette Histoire du III° Reich tient toutes ses promesses.

 

François Delpla, Une histoire du III° Reich, Perrin, 2014, 527 pages, 24.90 €

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Une vie au Goulag

Broché: 164 pages
Editeur : BELIN LITTERATURE ET REVUES
Édition : Belin (3 octobre 2012)
Collection : BIBLIO BELIN SC
Langue : Français
ISBN-10 : 2701164419
ISBN-13 : 978-2701164410
Dimensions t: 21,5 x 1,5 x 15 cm

 Une vie au Goulag

Ecrit dans les années 1960, il était temps que fut traduit et publié en France le superbe récit de Dimitri Vitkovski, l’un de ces nombreux Soviétiques à avoir vu sa vie broyée par la machine concentrationnaire mise au point par l’Etat communiste. Déporté une première fois à l’âge de 25 ans, Dimitri Vitkovski va passer l’essentiel de sa jeunesse et de sa vie d’adulte dans les camps. Il ne faut pas chercher de raison ou de prétexte à la répression dont il a été la victime. Comme tant d’autres, sa vie a basculé pour une raison assez obscure. Chasser l’ennemi – fût-il une chimère-, l’éradiquer du territoire soviétique impliquait de remplir les prisons et les camps. Pour parvenir à la norme, tout était bon ; c’est la raison pour laquelle étaient enfermés pêle-mêle anciens révolutionnaires, paysans supposés aisés, truands… dans le lot, une majorité d’innocents. A travers ce court récit, Dimitri Vitkovski raconte sa vie errante, de camps en camps. Il souligne l’humanité des soldats d’escorte et la brutalité des chefs, le côté surréaliste des interrogatoires, les conditions dantesques dans lesquelles sont menés certains travaux colossaux, bien au-delà du cercle polaire dans les conditions effroyables qu’on imagine. Une vie au Goulag raconte une vie faite d’humiliations, de brimades, de souffrances… endurées pour rien ; « Pour quel résultat ? s’interroge l’auteur. Une vie humaine brisée ! Rien d’autre. »

Ce témoignage est poignant à plusieurs titres. D’une part parce qu’il narre des destins inachevés, des vies brisées, anéanties. Enfin, en dépit des brutalités et injustices qu’il a subies, Dimitri Vitkovski garde toute sa confiance en une humanité réconciliée et apaisée. Sa contemplation des beautés de la nature n’est pas pour rien dans ce sentiment. Comme l’écrit Nicolas Werth dans la préface : « Une vie au Goulag est bien plus qu’un énième témoignage sur le Goulag. Ce petit livre est une belle leçon de courage et de survie dans un univers kafkaïen. Et, à travers un récit d’une extraordinaire sensibilité à la beauté de la Nature, un regard indulgent et apaisé sur la nature humaine – bref, un formidable hymne à la Vie. »

 

Dimitri Vitkovski, Une vie au Goulag, Belin, 2012, 149 pages, 15 €