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Histoire Recensions

Les batailles qui ont changé l’histoire

Broché: 395 pages
Editeur : PERRIN (11 septembre 2014)
Langue : Français
ISBN-10: 2262037582
ISBN-13: 978-2262037581
Dimensions : 24 x 3,2 x 15,5 cm

 Les batailles qui ont changé l’histoire

A la suite d’un John F. Charles Fuller (Les batailles décisives du monde occidental) ou d’un John Keegan (Anatomie de la bataille), Arnaud Blin a choisi de décortiquer onze batailles qui, à ses yeux, ont bouleversé le sens de l’histoire. Contrairement à ses illustres devanciers qui ont opéré un choix suivant une certaine logique, Arnaud Blin pense au contraire que la part du hasard est essentielle, qu’il n’y a pas lieu à chercher du sens là où il n’y en pas. Tout au plus peut-on dire qu’il a retenu des batailles revêtant un caractère incertain et aléatoire : il n’était en effet pas certain que l’Armée Rouge l’emporte sur l’Armée allemande à Stalingrad (1943) ni que les mamelouks battent les mongols à Ain-Jalut (1260). Les batailles exposées ici revêtent-elles toutes le caractère décisif que leur attribue l’auteur ? Oui et non. Pour importantes qu’ont été leurs conséquences, une bataille demeure, le plus souvent, l’affaire d’une journée. Le résultat d’un tel affrontement est généralement plus la conséquence que la cause d’une crise plus large. « Demain, dans la bataille, le roi portera la péché de son armée », fait dire Shakespeare à l’un des protagonistes de sa pièce Henri V. Ce que le dramaturge veut dire c’est qu’il y avait, bien avant l’affrontement, des causes générales qui faisaient que la bataille ne pouvait qu’être perdue. La défaite de la France en mai-juin 1940 se joue dès 1919. En ce sens, je ne crois guère qu’une bataille puisse, à elle seule, changer l’histoire. Quant au choix des batailles – j’y reviens ! -, il paraît plutôt judicieux. On aurait pu toutefois compléter la liste : Leipzig (1813) ou Waterloo (1815) se parent d’une dimension historique tout aussi importante que Borodino, seule bataille du Premier Empire à figurer ici. Plus près de nous, la bataille de Moscou (1941), au plan psychologique et symbolique, apparaît comme un tournant décisif de la Seconde Guerre mondiale, d’importance égale à celui de Stalingrad, la seule à être retenue dans le présent ouvrage.

Pour plaisant à lire qu’il soit, Les batailles… ont un côté un peu vain ; l’impression de la même histoire, racontée certes différemment, mais tous les ressorts semblent usés jusqu’à la corde.

Arnaud Blin, Les batailles qui ont changé l’histoire, Perrin, 2014, 395 pages, 23.90 €

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Recensions Religion

Au rythme des fêtes chrétiennes / L’année liturgique

Broché : 194 pages
Editeur : CERF (2 octobre 2014)
Collection : CATECHESE
Langue : Français
ISBN : 978-2-204-10278-0
EAN : 9782204102780
Dimensions : 21 x 1,5 x 14 cm

  Au rythme des fêtes chrétiennes

Les populations d’ici vivent dans un temps de plus en plus laïque : ici la fête de l’hiver a succédé à Noël, ailleurs c’est Pâques qui a dû s’effacer pour laisser place à une improbable faite de l’hiver. Dans une Europe qui a peur de son histoire comme de son ombre, le rythme du temps n’est plus scandé que par le rythme des saisons – encore pour combien de temps ? – et celui des innovations technologiques. La société traditionnelle égrainait le temps sur un rythme plus lent et plus régulier. Pendant des siècles, dans cet Occident encore chrétien, l’écoulement du temps, c’est-à-dire celui des jours et des siècles, était ponctué par le calendrier liturgique. Dans l’Occident d’autrefois, les fêtes chrétiennes jouaient un rôle énorme. Avec la sécularisation, l’empreinte chrétienne n’est visible que par un vocabulaire qui, en dépit des vicissitudes, demeure : Pâques, la Toussaint, l’Avent (et non l’Avant comme on le voit grotesquement écrit par des commerçants désireux de pousser à l’achat de galettes ou de calendriers), Noël… Les chapitres de l’ouvrage de Marie-Christine Bernard sont tous écrits selon la même ordonnance : un passage de l’Ecriture, souvent les Evangiles, suivi d’un commentaire écrit sur un ton très personnel. Evitant avec soin l’intellectualisme, l’auteur met à jour l’essentiel de ce qu’il faut retenir, la quintessence du message dans son rapport aux chrétiens d’aujourd’hui. « Comment comprendre cela ? » demande-t-elle à plusieurs reprises. Quel sens la naissance du Christ (Noël), sa mort (Vendredi Saint) et sa résurrection (Pâques) sur la croix ont-elles ? Pour chaque chapitre, Marie-Christine Bernard décrit le cadre et l’ambiance dans lesquels les événements de la Nouvelle Alliance se placent. Quel sens ont-ils au regard de la foi chrétienne et quel écho spirituel retentit-il jusqu’à nous ?

Avec le sens de la pédagogie qu’on lui connaît, Sœur Marie-Christine Bernard a su rendre vivantes des fêtes qui nous aident à ne pas désespérer de ce monde froid et technicien.

 

Marie-Christine Bernard, Au rythme des fêtes chrétiennes, Cerf, 2014, 192 pages, 14 €

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Recensions Religion

L’islam et nous

Broché : 274 pages
Editeur : CERF EDITIONS (11 septembre 2014)
Collection : L’histoire à vif
Langue : Français
ISBN-10 : 2204100560
ISBN-13 : 978-2204100564
Dimensions : 21 x 2 x 13,5 cm

 L’islam et nous

Dans le foisonnement d’ouvrages écrits sur l’islam, celui de Dominique Josse devrait faire date ; ce serait justice. Que voilà un livre intelligent ! Il dit en termes simples des choses parfois compliquées, il ose appeler chat un chat, affirmant la fracture irréversible qui sépare le christianisme de l’islam tout en appelant à la création de ponts. L’islam a hélas tendance à se dévoiler sous son jour le plus violent mais le chrétien, désabusé et noyé comme tout un chacun dans l’océan de la consommation, peut tirer du positif quand il observe le degré de foi manifesté par beaucoup de musulmans. L’islam serait-il la seule religion à résister au rouleau compresseur de la mondialisation ? Si oui, dans quelle mesure pourrait-il inspirer les chrétiens afin qu’ils montrent davantage d’assiduité à la prière et se montrent fiers de leur foi ?

Dominique Josse a divisé son ouvrage en trois grandes parties : les sources de l’islam, la théologie de l’islam et la pratique de l’islam. J’ai rarement lu un livre aussi pédagogue sur le sujet. Sans entrer dans le détail, le sentiment est que l’auteur s’attache à donner du Dieu de l’islam une image radicalement différente du Dieu des chrétiens – une image respectueuse, mais différente – qui s’explique par le fait que l’islam est « la religion naturelle du Dieu révélé » (Alain Besançon) (p. 54). L’auteur fait souvent référence à la notion d’extrinsécisme chère au grand orientalisant Louis Gardet : l’image que les musulmans d’Allah est si puissante, si transcendante, si éloignée de la condition humaine que le croyant, même au paradis, est toujours placé sous le regard terrible et pénétrant du Tout-Puissant. Le Dieu musulman, contrairement au Dieu chrétien, se situe loin de la condition humaine : il est l’Omniscient, l’Omnipotent, Celui qui voit et sait tout et devant lequel le croyant n’a qu’une attitude à adopter : la soumission. L’islam n’est pas la religion de l’amour, mais de la foi, une foi pure, un bloc massif, impénétrable. Dans sa dernière partie, D. Josse insiste sur les différences irréversibles qui distinguent islam et christianisme. Cependant, alors que le canon résonne en Syrie et en Irak, il émet un rêve : que, sans renoncer à ce qui fonde leur foi, chrétiens et musulmans se rapprochent pour donner un peu d’âme à un monde desséché et desséchant. Depuis qu’on a liquidé Dieu en Occident et quand on considère le mal-être ambiant, on se demande où est le progrès !

 

Dominique Josse, L’islam et nous, Cerf, 2014, 274 pages.

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Histoire Recensions

Une histoire buissonnière de la France

Poche : 574 pages
Editeur : Flammarion (28 août 2011)
Collection : ESSAIS
Langue : Français
ISBN-10 : 208123789X
ISBN-13 : 978-2081237896
Dimensions : 22 x 3,8 x 13,4 cm

 Une histoire buissonnière de la France

Pour qui souhaite lire une histoire décalée et originale de notre pays, il n’y a pas à hésiter : les historiens anglo-saxons sont les meilleurs dans ce genre d’exercice. L’Histoire buissonnière de la France, du britannique Graham Robb, va de pair avec l’époustouflante Fin des terroirs de l’américain Eugen Weber. Les Editions Flammarion ont eu l’excellente idée de rééditer le livre du premier, en poche, dans la collection « Champs ». Graham Robb n’est pas retourné à Mérovée et à Clovis, voire plus haut ; l’histoire qu’il nous propose concerne essentiellement les XVIII° et XIX° siècles. Qu’on ne s’attende pas à une histoire chronologique distillant dans le détail les événements politiques, économiques, sociaux et culturels qui ont marqué l’histoire tourmentée de la France de l’époque. A l’instar de ces voyageurs anglais qui découvraient l’Europe et la France, au temps où les grands périples se faisaient en diligence – avant l’arrivée du chemin de fer -, l’auteur est allé fouiller l’âme de la France, surtout son âme provinciale, ce qui faisait qu’elle paraissait davantage un agrégat de peuples mal mariés qu’une nation unie et indivisible. Quand il écrit cette Histoire buissonnière, que voit l’auteur ? Il décrit des populations qui parlent davantage patois que français, des humbles qui ne connaissent guère plus que leur canton, des croyances largement basées sur la superstition, bref, une nation hétéroclite de paysans et d’artisans, de territoires divers tenant mordicus à leurs particularités. Parmi les grandes évolutions qu’a connues le pays au XIX° siècle, il en est une qui est rarement mise en avant et qui pourtant, en liant les territoires et les hommes, en donnant un visage à la géographie de la France, s’est avérée crucial : la création d’un véritable réseau routier. Avant d’être industrielle et scientifique, c’est ici que Graham Robb voit le germe de la grande transformation qui va affecter l’Europe, en particulier celle de l’Ouest.

Mêlant érudition et humour, cette Histoire buissonnière de la France est un petit chef-d’œuvre d’originalité qui confirme le fait suivant : l’histoire, y compris la grande, s’élabore dans la vie quotidienne des peuples.

Graham Robb, Une histoire buissonnière de la France, Champs Histoire, 2011, 592 p., 10 €

 

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Mémoires Recensions

Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas

Broché : 272 pages
Editeur : ALBIN MICHEL (27 août 2014)
Collection : ESSAIS DOC.
Langue : Français
ISBN-10 : 2226256881
ISBN-13 : 978-2226256881
Dimensions : 22,5 x 2 x 14,5 cm

 Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas

A l’âge de 84 ans, il n’était pas étonnant que Paul Veyne, l’un de nos plus grands spécialistes de l’Antiquité romaine, songe à livrer ses mémoires. D’emblée, une petite déception. On pouvait en effet s’attendre à un livre plus exhaustif et plus bavard de la part d’un de nos plus grands historiens, qu’il racontât par exemple la genèse et le travail qui ont accompagné ses principales œuvres. Or, Paul Veyne a choisi de raconter l’homme qu’il était et qu’il demeure ; il a refusé de se révéler en historien prenant la pose à l’ombre d’une œuvre considérable tant par son ampleur que par son originalité (N’est-il pas l’un des premiers à avoir dépoussiérer l’image des gladiateurs, « des hommes libres, passionnés par leur métier et la violence » – page 70). La trame chronologique choisie par notre auteur s’efface peu à peu au profit de ses appétences et de ce qu’il juge ou jugeait « intéressant » : l’Italie, dont il est tombé amoureux fou du catalogue artistique (voir son Musée imaginaire paru chez Albin Michel), l’alpinisme, la Rome antique… Il s’attarde plus sur son adhésion au Parti communiste qu’à sa période de formation à Normale Sup. En fin de compte, Paul Veyne a été militant au PCF comme il était dans la vie : une sorte de grand adolescent voyant généralement les choses à distance, peu convaincu et pas du tout servile… La fin du livre se clôt sur les drames qui l’ont touché de près, comme le suicide de son fils. Mais, peut-être inspiré par les philosophes antiques, il évite regrets et remords pour mieux se souvenir des moments heureux.

La religion enfin. En disant son regret de ne pas être croyant, Paul Veyne fait cependant montre d’un certain sens religieux. Il dit par exemple son affection pour sainte Thérèse d’Avila, son attachement à l’Evangile de Jean, mais refuse d’adhérer au dogme et à l’éthique catholiques. Le rebutent divers articles du Catéchisme de l’Eglise catholique. Il y a du Lucien Jerphagnon chez Paul Veyne : l’attrait pour la philosophie antique païenne va de pair avec une inclination certaine pour le message du Christ et à une attention convaincue à l’égard de la religion chrétienne, vue comme une « ensorceleuse que n’égale aucune autre religion au monde ».

 

Paul Veyne, Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, Albin Michel, 2014, 260 pages, 19.50 €

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Actualités Recensions

Comment sommes-nous devenus si cons ?

Broché : 189 pages
Editeur : FIRST (11 septembre 2014)
Langue : Français
ISBN-10 : 2754066896
ISBN-13 : 978-2754066891
Dimensions : 21 x 1,5 x 14 cm

 Comment sommes-nous devenus si cons ?

Abasourdi devant toutes les idioties déversées par la sphère médiatique, frappé devant l’inconsistance du savoir délivré par l’Ecole, le linguiste Alain Bentolila sonne la charge contre ce qu’il appelle le délitement de l’intelligence collective. Lorsque les médias accordent, sur le même sujet, plus de poids aux propos d’un joueur de football qu’à ceux d’un professeur au Collège de France, alors oui, il faut se faire du souci devant cette perte de la raison. D’emblée l’auteur pointe un danger majeur : l’extinction du goût de la découverte, de la volonté de questionnement, du désir de comprendre et d’apprendre : « Une telle perspective me terrifie, car elle marquerait la rupture avec l’aventure des hommes, engagés depuis toujours dans une quête obstinée du savoir » (p. 9). Alain Bentolila pointe d’un doigt accusateur la télévision, arme d’abrutissement massive, Internet, qui accorde plus d’importance à la forme qu’au fond, les politiques, qui n’ont de cesse de suivre les modes et qui imaginent que doter les élèves d’outils technologiques à haute dose remplacera avantageusement la mémorisation et l’intelligence critique. Comme vient de le rappeler fort justement le philosophe Michel Onfray, l’école est d’abord là pour apprendre à lire, écrire, compter et penser. Or, ces missions fondamentales sont en passe d’être liquidées au profit d’une modernité qui pousse à papillonner, à passer d’un sujet à l’autre, à ne jamais approfondir un objet d’études. Autre cible d’Alain Bentolila, ce qu’il nomme les « années d’errance éducative », à savoir ces réformes décrétées d’en-haut qui s’empilent sans qu’une véritable ligne directrice apparaisse, une recherche pédagogique aventureuse qui fait des enfants des cobayes et dont on voit chaque jour les effets destructeurs. Que penser également d’une politique qui vise à substituer pour partie l’école aux familles ? Devant l’impéritie éducative de beaucoup de famille, on a voulu donner à l’Education nationale un rôle qui la dépasse. Or, rappelle l’auteur, c’est aux familles d’éduquer et à l’école d’instruire. La défaite de la pensée et de l’esprit critique dont on constate tous les jours les effets pervers peuvent engendrer des risques gravissimes : en faisant de l’individu un usager et un consommateur à moitié lobotomisé, que deviendra la démocratie ? Ce cri de colère d’Alain Bentolila contre l’abêtissement généralisé, il devient urgent de l’entendre.

Alain Bentolila, Comment sommes-nous devenus si cons ?, First Editions, 2014, 190 pages, 14.95 €

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Histoire Recensions

Les derniers jours de Louis XIV

Broché : 308 pages
Editeur : PERRIN (18 septembre 2014)
Collection : Pour l’histoire
Langue : Français
ISBN-10 : 2262043353
ISBN-13 : 978-2262043353
Dimensions : 20,9 x 2,7 x 14 cm

 Les derniers jours de Louis XIV

Grand roi, le Roi-Soleil fut à l’approche de la mort tel qu’il a été dans la vie : soucieux de sa dignité, s’élevant au-dessus des mesquineries du quotidien pour donner à sa fin toute la majesté souhaitée. Les derniers jours de Louis XIV sont ceux d’un grand chrétien. Certes, le roi avait la foi du charbonnier mais, après tout, cette foi, dont certains se gaussent, a ceci de particulier qu’elle est aussi bien l’apanage des puissants que des humbles. Louis XIV n’était pas un métaphysicien : il croyait comme beaucoup croyaient au XVII° siècle. Dieu était, voilà tout Humain, on se devait de l’honorer et de lui rendre grâce.

En de courts chapitres, Alexandre Maral raconte le dernier conseil, la dernière promenade, la dernière messe, le dernier adieu du roi… jusqu’aux funérailles. Chaque chapitre est l’occasion d’admirer la constance et le courage de Louis XIV face à la mort. Accablé par de nombreux deuils dans les dernières années de sa vie, le roi puise sa force dans sa foi. Devant le spectacle de son corps en putréfaction (la gangrène), c’est lui qui console familiers et courtisans. Alors, oui, même si l’on peut en vouloir au Roi-Soleil d’avoir trop aimé les bâtiments et la guerre, reproches que lui-même s’adressa, comment ne pas être admiratif devant une mort aussi digne ? Un roi aussi grand devait être grand dans la mort. Il laissait un pays fatigué, mais sublimé par une geste glorieuse, pour une part fondatrice de l’Etat moderne : « Je m’en vais, mais l’Etat demeurera toujours », éclatante et élégante manière de quitter le monde : le roi est mort mais l’Etat lui survit – « Le roi est mort. Vive le roi ! » Frappante également est cette sorte de publicité qui est donnée à ces derniers jours. Alors qu’aujourd’hui tout est fait pour dissimuler la maladie grave d’un chef de l’Etat, il s’agit ici, avec les moyens dont on dispose, de ne rien cacher. Le roi doit être dans ses derniers jours tel qu’il a été dans la vie : on ne cache rien de celui qui, par la naissance, s’élevait au-dessus du commun des mortels.

Si l’on peut regretter un certain manque de souffle dans le récit, il faut savoir gré à l’auteur de s’emparer d’un sujet plus actuel qu’il n’y paraît.

 

Alexandre Maral, Les derniers jours de Louis XIV, Perrin, 2014, 308 pages, 22.50 €

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Recensions Témoignages

Des nouvelles d’Agafia, ermite dans la Taïga

Broché : 220 pages
Editeur : Actes Sud Editions (31 août 2013)
Collection : Babel
Langue : Français
ISBN-10 : 2330022794
ISBN-13 : 978-2330022792
Dimensions : 17,6 x 1,5 x 11,1 cm

 Des nouvelles d’Agafia

Cet ouvrage fait suite au superbe récit, signé Vassili Peskov, paru en 1992 chez Actes Sud sous le titre Ermites dans la taïga. On se souvient de cette histoire d’une famille de vieux-croyants orthodoxes ayant fui le monde à la suite de la modernisation liturgique adoptée par le patriarche Tikhon au milieu du XVIII° siècle. Comme beaucoup d’autres croyants, ils – la famille Lykov – s’étaient encore un peu plus éloignés de la civilisation lorsque le communisme a pris pied en Russie : c’est qu’il ne faisait pas bon pratiquer une religion à l’époque des pères fondateurs de la patrie du communisme. Les Likov, parents et enfants, s’étaient réfugiés dans une vallée perdue de l’immensité sibérienne, vivant totalement en autarcie, n’ayant aucun lien avec ce qu’ils appelaient – et appellent encore – le « siècle », incarnation du mal car éloignant le croyant de l’essentiel, à savoir une relation intime et privilégiée avec Dieu. C’est en 1978, tout à fait par hasard, qu’un groupe de géologues, abasourdis, découvre l’existence de ces gens totalement coupés du monde, vivant des produits de la pêche, de la chasse, cueillette et petite agriculture. A l’été bref et intensif – quatre mois, guère plus, pour constituer les réserves de bois et de nourriture – succède le rude hiver sibérien, temps de latence qui permet au vieux-croyant de lire des livres de prières usés jusqu’à la moelle à la lueur d’une bougie. Coupés de tout, ignorant la marche du monde durant des décennies, la famille Lykov s’est forgée une philosophie où, face au dénuement, la moindre récolte ou la petite chasse fructueuses devient une bénédiction.

Salarié d’un journal soviétique, Vassili Peskov, dès 1992, s’est passionné pour le sort des Lykov. Lui, l’athée impénitent, s’est pris d’affection pour Agafia, la rescapée d’une famille tôt endeuillée. Chaque été, il s’est rendu en hélicoptère au domaine d’Agafia, mentionnant leur commune relation dans les courts chapitres qui constituent le présent livre. Racontée avec tendresse, cette histoire d’amitié, loin du barnum médiatique et de la surconsommation, est un vrai ballon d’oxygène. Un récit touchant.

 

Vassili Peskov, Des nouvelles d’Agafia, Actes Sud, 2009, 219 pages, 7,70€

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Histoire Recensions

Histoire de la guerre

Broché : 628 pages
Editeur : PERRIN (28 août 2014)
Langue : Français
ISBN-10 : 226203544X
ISBN-13 : 978-2262035440
Dimensions : 21,1 x 4 x 14,3 cm

 Histoire de la guerre

Décédé il y a deux ans, l’historien britannique John Keegan s’est illustré à la fin du siècle dernier comme l’un des meilleurs spécialistes mondiaux d’histoire militaire. On se souvient de son Anatomie de la bataille et de sa façon très originale de considérer l’affrontement d’une journée entre deux armées : une vue au raz du sol, celle du combattant noyé dans la masse, aveuglé par la fumée, assommé par un bruit assourdissant. Avec John Keegan, la narration des batailles d’Azincourt (1415), de Waterloo (1815) et de la Somme (1916) prend un aspect saisissant et particulièrement concret. Avec l’Histoire de la guerre, Keegan répète en grand la leçon tirée de l’Anatomie de la bataille. Une bataille, ce sont des hommes qui souffrent, éprouvent des sentiments confus et parfois contradictoires dans un climat de violence poussé au paroxysme. Si une certaine historiographie – par exemple celle liée à l’Ecole des Annales – a eu tendance à minimiser le rôle de la guerre dans l’histoire, Keegan replace cette dernière au centre. Comme le pensait Clauzewitz et d’autres après lui (Raymond Aron), la guerre accouche de l’histoire ; la meilleure preuve en est que la plupart des grandes civilisations sont nées de la guerre. Mais plutôt que de se livrer à une histoire chronologique, Keegan a choisi de faire reposer son récit sur les principales forces sur lesquelles repose l’art de la guerre : les fortifications, la logistique, l’invention du fer, l’utilisation de la poudre… Une connaissance encyclopédique du sujet était nécessaire pour aboutir à une pareille maîtrise. Une telle histoire ne donne lieu à aucune généralisation, la guerre s’inscrivant dans l’histoire humaine au même titre que l’économie ou les arts. Une conclusion s’impose : la guerre est liée à la culture, elle révèle les grandes tendances culturelles d’un peuple ou d’une civilisation, ce qu’a par exemple bien montré Victor D. Hanson avec son remarquable Carnage et culture. A noter que, contrairement à beaucoup d’historiens militaires anglais, John Keegan propose une histoire très universelle, pas du tout « britanno-centrée ». Preuve en sont les exemples qu’il tire de l’histoire des Hittites ou des Maoris… Rien n’est plus universel que la guerre.

John Keegan, Histoire de la guerre, Perrin, 2014, 628 pages, 26 €

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Histoire Recensions

Lettres de la Wehrmacht

Broché: 340 pages
Editeur : PERRIN (18 septembre 2014)
Langue : Français
ISBN-10: 2262043396
ISBN-13: 978-2262043391
Dimensions : 21,1 x 2,7 x 14 cm

 Lettres de la Wehrmacht

Le soldat en guerre écrit beaucoup. Ce fut le cas des soldats allemands durant la Seconde Guerre Mondiale. Il n’est pas inutile ici de rappeler que, dans ce domaine, les Allemands en ont remontré aux autres nations belligérantes. En effet, malgré les défaites et la débâcle des derniers mois de la guerre, le service postal s’est toujours poursuivi : il en allait du maintien moral du soldat, élément capital dans tout conflit.

C’est à Berlin qu’une jeune chercheuse française, Marie Moutier, a exhumé, parmi 16 000 lettres, la centaine de lettres présentée dans ce volume.

Contrairement aux Lettres de Stalingrad écrites par les condamnés à mort qu’étaient les landser pris au piège par l’Armée Rouge – et qui ne peuvent se lire sans une certaine émotion -, celles qui nous sont données à lire ici reflètent les situations les plus diverses. Beaucoup, par exemple, sont écrites par des soldats heureux d’être, dans les premières années du conflit, membres d’une armée ayant acquis une telle puissance. Présentées chronologiquement, des années heureuses (1939-1942) à l’effondrement final (1943-1945), ces lettres racontent la plupart des situations dans lesquelles se trouvait le soldat allemand : au repos à Paris, dans l’attente d’une offensive russe, à l’arrivée en Cyrénaïque avec Rommel, etc. Une fois l’ouvrage refermé, deux impressions dominent. D’une part, comme l’écrit l’historien britannique Timothy Snyder en préface, « ce recueil nous incite à penser cette guerre en des termes plus universels qu’il ne nous plairait ». De fait, le soldat allemand, qu’il soit vainqueur ou défait, ressemble à la plupart des soldats des autres nations engagées dans ce titanesque conflit. Mais, sans fard, cet ouvrage montre également la morgue et l’orgueil de soldats plus souvent contaminés qu’on ne le pense par le virus nazi. Les lettres écrites dans la France de juin et juillet 1940 sont l’occasion pour le feldgrau de traiter les Français de pleutres, membres d’une nation dégénérée. Polonais et Soviétiques sont traités de sous-hommes, peuples bons pour l’esclavage. Beaucoup de lettres donnent à penser que, loin de se désolidariser des crimes commis par la SS ou la Gestapo, beaucoup d’anonymes ne voyaient aucun mal à traiter les peuples conquis de l’Est par le fer et le feu. Ces Lettres de la Wehrmacht éclairent le conflit sous un angle original.

 

Présentées par Marie Moutier, Lettres de la Wehrmacht, Perrin, 2014, 338 pages, 22 €