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Histoire Recensions

Les vingt jours de Fontainebleau

Broché: 294 pages
Editeur : PERRIN (23 janvier 2014)
Langue : Français
ISBN-10: 2262039410
ISBN-13: 978-2262039417
Dimensions : 23,6 x 15,4 x 2,6 cm

 Les vingt jours de Fontainebleau

A la fin mars 1814 Napoléon, pris de court par des Alliés qui n’ont pas joué le jeu dans lequel il pensait les enferrer, gagne le château de Fontainebleau. Il va y rester jusqu’au 20 avril, date de son départ pour l’Ile d’Elbe. Que s’est-il passé entre temps ? Spécialiste de l’Empire et digne successeur de Jean Tulard, Thierry Lentz fait revivre jour après jour ce qui ressemble à une descente aux enfers pour celui qui, il y a peu, était encore le maître de l’Europe. Le vrai, c’est que, pour la première fois, Napoléon ne commande plus à son destin, il est à la merci des Alliés désireux d’abattre l’Empire et de restaurer la royauté. Ces Vingt jours de Fontainebleau ressemblent à un drame joué d’avance. Claquemuré dans son palais, Napoléon se trouve, pour la première fois de sa vie, à la merci des autres, en l’occurrence des puissances alliées qui occupent Paris, mais aussi de chefs militaires qui, ayant peur de tout perdre à la veille de la clôture de la tragédie, n’entendent pas se laisser dicteur leur conduite. Les maréchaux français tiennent à montrer que, pour respectueux qu’ils demeurent vis-à-vis de celui à qui ils doivent quasiment tout, ne sont pas prêts à tout sacrifier. L’épopée ne saurait se terminer dans un bain de sang. Certains, comme le maréchal Marmont, iront jusqu’à trahir pour sauvegarder leurs intérêts et ainsi complaire au nouveau régime. En fin d’ouvrage, l’auteur se lance dans un parallèle qui est loin d’être anachronique. Faisant la comparaison entre la fin de l’Empire napoléonien et celle du III° Reich, il tient à dire combien la conduite de l’Empereur a été sage. Jamais celui-ci n’a voulu entraîner son pays dans une sorte de Götterdämmerung, un crépuscule des dieux empli de massacres et de ruines ; « Le contexte social et politique autant que la personnalité de Napoléon, conclut l’auteur (p. 20), n’étaient pas compatibles avec un suicide collectif. » Le livre, au final, dit beaucoup de la personnalité de Napoléon, son inspirateur principal.             Servi par une science sûre, un rythme soutenu et l’utilisation des meilleures sources, l’ouvrage de Thierry Lentz fera certainement date et ce sera justice. Les pages de notes avec leur appareil critique sont d’ailleurs significatives de la valeur de l’ouvrage.   Thierry Lentz, Les vingt jours de Fontainebleau, Perrin, 2014, 294 pages, 23 €

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La guerre Iran-Irak (1980-1988) : Première guerre du Golfe

Broché: 604 pages
Editeur : Librairie Académique Perrin (12 septembre 2013)
Langue : Français
ISBN-10: 2262041954
ISBN-13: 978-2262041953
Dimensions : 23,8 x 15,4 x 4,4 cm

 La guerre Iran-Irak (1980-1988) : Première guerre du Golfe

Dernière grande guerre du XX° siècle, la Première guerre du Golfe (1980-1988) a causé la mort d’environ 700 000 personnes, des soldats pour la plupart. Il était donc plus que bienvenu qu’un spécialiste s’empare de ce sujet. C’est désormais chose faite ! Pierre Razoux, déjà auteur d’un ouvrage remarquable consacré à l’Armée israélienne, éclaire ce conflit avec un luxe de détails assez impressionnant, surtout au plan militaire. A ce titre, cette guerre apparaît bien pour ce qu’elle fut, une guerre totale, une guerre du XX° siècle où chacun compte ses troupes : nombre de divisions, de chars, d’avions et de navires. Sommaire au début, la stratégie s’affine avec les années. L’armée irakienne, souvent sur la défensive, se professionnalise alors que l’iranienne, plus chichement dotée en armes, fait peser sur son ennemi un potentiel humain nettement supérieur. Dans cette lutte à mort il ne pouvait y avoir de vainqueur net et si l’Irak fut, à la fin, déclaré gagnant, il s’agissait d’une victoire à la Pyrrhus. L’auteur ne pouvait taire les conséquences économiques d’un conflit qui a pesé lourdement sur l’économie mondiale, sept ans après le brusque renchérissement du prix du pétrole décidé par l’OPEP. Autour d’une guerre totale l’auteur donne un livre s’intéressant à tous les aspects de cet affrontement. Il n’oublie pas de relater les affaires qui empoisonnèrent la vie démocratique en Occident comme l’affaire Gordji en France ou l’aide aux contras nicaraguayens tirée de la vente d’armes à l’Iran par des firmes américaines. L’argent n’ayant pas d’odeur, il est stupéfiant de voir combien un nombre impressionnant de pays, attiré par l’appât du gain, ont commercé à qui mieux mieux avec l’Iran et l’Irak qui n’étaient pas, c’est le moins qu’on puisse dire, des parangons de vertus.

Tout en donnant un luxe de détails, surtout s’agissant des armements utilisés, Pierre Razoux place ce conflit dans une perspective plus générale qui est la configuration du Proche et du Moyen-Orient, minés par les conflits nationaux et religieux. Pierre Razoux n’oublie pas, évidemment, de s’emparer des conséquences que le conflit a générées sur les économies régionales et l’économie mondiale, notamment en matière de prix pétrolier. Tout en convenant que l’ouvrage s’intéresse d’abord à l’aspect militaire du conflit, c’est probablement ce que l’on a fait de mieux en France à ce jour.

 

Pierre Razoux, La guerre Iran – Irak, Perrin, 2013, 604 pages, 27 €

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Histoire Recensions

1915 : L’enlisement

Broché: 388 pages
Editeur : Librairie Académique Perrin (17 octobre 2013)
Langue : Français
ISBN-10: 2262030359
ISBN-13: 978-2262030353
Dimensions : 21 x 14,2 x 3,6 cm

 1915 : L’enlisement

Des cinq années que couvre la Première Guerre mondiale, l’année 1915 est probablement la moins connue. 1914, c’est la bataille de la Marne ; 1916, Verdun ; 1917, le Chemin de Dames ; 1918, l’année de la victoire. Dans l’imaginaire collectif, la deuxième année de la guerre ne fait référence à aucun épisode majeur, comme si le front s’était totalement figé dans la boue des tranchées. Comme le sous-titre de l’ouvrage l’indique, si 1915 est synonyme d’enlisement, ce n’est pas que rien ne se soit passé ; au contraire, le Front de l’Ouest a connu deux offensives françaises majeures, en Artois et en Champagne. L’Etat-Major n’envisage qu’une guerre courte. Il faut donc forcer la décision. Celle-ci se fera par des poussées partielles sur telle ou telle partie du front et par des offensives de grand style. Dans l’esprit de Joffre, le généralissime des Armées françaises, cette stratégie vise à grignoter l’ennemi, lui infliger des pertes telles qu’il se résolve à la paix. N’étaient justement ces pertes, on pourrait rire de ces manœuvres de gribouille qui affaiblissaient infiniment plus l’attaquant que le défenseur. Face aux mitrailleuses allemande, le sacrifice de l’infanterie française fut totalement vain : plus de 300 000 morts pour récupérer quelques kilomètres carrés, gain dérisoire au regard des pertes. Ces échecs attestaient la faillite d’états-majors ineptes parce qu’adeptes d’offensives à outrance tournant toujours à la boucherie. Dès lors, on ne pouvait plus l’ignorer : la guerre allait durer.

Servi par un remarquable esprit de synthèse, Jean-Yves Le Naour décrit tous les aspects d’un temps indissociable de la guerre : la vie aux armées et à l’arrière, le jeu politique, les luttes de faction entre militaires, la mutation industrielle, la guerre à l’Est et en Orient… Dans cette vaste fresque, l’auteur pointe particulièrement la médiocrité de généraux – Joffre le tout premier – qui ne comprennent pas que le courage ne vaut rien face à la mitraille. Le malheur est que les militaires imposent leurs vues criminelles à une classe politique atone de laquelle se sont retranchés les plus lucides comme Clemenceau. Quant à l’Union Sacrée, Jean-Yves Le Naour la décrit davantage comme un pis-aller que comme un choix mûrement accompli et ardemment désiré.

Couvrant tous les aspects du conflit, 1915 éclaire de façon convaincante une année triste et méconnue.

 
Jean-Yves Le Naour, 1915, L’enlisement, Perrin, 2013, 388 pages, 23 €

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Histoire Recensions

Joukov : L’homme qui a vaincu Hitler

Broché: 732 pages
Editeur : Librairie Académique Perrin (5 septembre 2013)
Langue : Français
ISBN-10: 2262039224
ISBN-13: 978-2262039226
Dimensions : 23,8 x 15,4 x 2,8 cm

 Joukov : L’homme qui a vaincu Hitler

Jean Lopez est à l’heure actuelle, en France, le spécialiste incontestable du front de l’Est, c’est-à-dire de l’implacable conflit qui opposa l’Allemagne hitlérienne à l’Urss de Staline. Féroce et impitoyable affrontement car c’est là, bien plus que sur les plages de Normandie, que s’est joué le sort de la guerre. Ce conflit géant qui a opposé des millions d’hommes et une masse colossale de matériel a constitué le théâtre d’opérations majeur du second conflit mondial. Car cette guerre fut vraiment terrible et dévastatrice : des millions de victimes, des destructions sans fin, une somme d’atrocités jamais dépassée au XX° siècle. C’est dans ce contexte apocalyptique que Georgi Joukov vit grandi son étoile. Rien ne prédisposait cet enfant de condition modeste et à la scolarité minimale de se voir confier les rênes de l’Armée Rouge, si ce n’est un amour de l’art guerrier vitaminé par un courage et une obstination de tous les instants. Au travers d’opérations militaires longuement disséquées, l’auteur ne nie pas les limites d’un homme orgueilleux et brutal. Néanmoins, il lui reconnaît les qualités qui lui ont permis de triompher d’adversaires multiples, et pas seulement l’Armée allemande. En effet, en plus d’avoir à mener des batailles contre cet adversaire redoutable qu’est la Wehrmacht, Joukov doit calculer avec la jalousie des autres grands chefs soviétiques et la duplicité d’un Staline qui n’hésite pas, afin de mieux assurer son pouvoir total, de faire jouer les rivalités.

La guerre à l’Est fut vraiment une guerre totale. Pas seulement par des batailles que l’expertise des auteurs décrit avec un grand luxe de précisions, mais aussi dans les rivalités qui déchiraient états-majors et chefs militaires. Avec un art consommé du « diviser pour régner », jusqu’au bout Staline a joué ses généraux les uns contre les autres. Il trouvait plaisir à les mettre en compétition car c’était, pensait-il, une assurance de poids contre le surgissement éventuel d’un nouveau Bonaparte, c’est-à-dire d’un soldat populaire suffisamment audacieux pour fomenter un coup d’Etat.

Pour apprécier pleinement le livre comme il convient, mieux vaut s’intéresser de près à l’histoire militaire. Ouvrage de passionné puisant aux meilleures sources, ce Joukov est ce que l’on fait de mieux en matière de biographie. Un somptueux et grandiose livre d’Histoire.

Jean Lopez & Lasha Otkhmezuri, Joukov, l’homme qui a vaincu Hitler, Perrin, 2013, 729 pages, 28 €

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Biographies Recensions

Staline

Broché: 732 pages
Editeur : Librairie Académique Perrin (29 août 2013)
Langue : Français
ISBN-10: 2262034559
ISBN-13: 978-2262034559
Dimensions : 23,8 x 15,4 x 2,8 cm

 Staline

Après s’être attaqué aux biographies de Trotski et de Lénine, l’historien britannique clôt sa trilogie par un autre copieux ouvrage, consacré cette fois à Staline. Comme toujours, la rigueur est de mise. Les sources, nombreuses et diverses, attestent la connaissance quasi-parfaite de l’auteur sur cette période qui couvre en gros la première partie du XX° siècle russe et soviétique. Evidemment, il a déjà été tellement écrit sur Joseph Djougachvili (vrai nom de Staline) que l’on se demande ce que R. Service peut bien apporter de nouveau. A cela on pourrait rétorquer que, si ce n’est pas la biographie la plus enlevée et la plus plaisante, il s’agit en tout cas d’une des mieux documentée, équivalente, dans un genre à peine différent, aux productions d’un Simon Sebag Montafiore, autre spécialiste britannique de la même période.

Presque tout à été dit de la mégalomanie de Staline, de son cynisme et de sa cruauté. Il occupe une place de choix dans le musée des monstres du XX° siècle. Personne, que ce soit dans son  entourage ou parmi ses amis n’est épargné par la paranoïa du dictateur. A partir du début des années 30, il tient tous les rênes d’un pouvoir absolu qui a rarement été atteint dans l’histoire. Ce n’est pas pour rien que certains ont vu en lui un tsar rouge ; son modèle n’est-il pas Yvan le Terrible ? Despote sanguinaire, Staline était également un être plus ambivalent qu’il n’y paraît. Grand lecteur, avide de savoir, écrivain et théoricien, c’était aussi un bourreau de travail qui ne se ménageait pas. Ce qui le passionnait c’était le pouvoir, un pouvoir total sur les hommes et les choses. Son caractère implacable va faire de lui l’adversaire victorieux de l’Allemagne nazie. Sur des monceaux de cadavres Staline sera pour beaucoup dans l’édification de la puissance soviétique.

Dans les rapports d’homme à homme, jusque dans les relations diplomatiques, Staline, Hitler et consorts adoptent des attitudes de truands. Le sort a voulu que ces gangsters aient joui d’un pouvoir sans limites. L’étude de Robert Service éclaire de façon convaincante la psychologie d’un guide (Vojd) qui, en même temps qu’il électrifiait le pays, apportait la famine, la désolation et la mort. Le livre de R. Service est à l’image de son sujet : saisissant !

Robert Service, Staline, Perrin, 2013, 730 pages, 29 €

 

 

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Histoire Recensions

Histoire de la Russie des tsars

Broché: 456 pages
Editeur : Librairie Académique Perrin (28 mars 2013)
Collection : Pour l’histoire
Langue : Français
ISBN-10: 2262039925
ISBN-13: 978-2262039929
Dimensions : 24 x 15,4 x 3,8 cm

  Histoire de la Russie des tsars

Attention, ce livre de Richard Pipes est l’archétype du livre universitaire. Il suppose la connaissance préalable de l’histoire russe, savoir s’appuyant sur une chronologie solide. Car les événements et l’histoire commentée des grandes dates qui ont fait la Russie n’intéressent que médiocrement l’universitaire américain.
L’Histoire de la Russie des tsars de Richard Pipes analyse un système, rend compte de phénomènes de grande durée sans grand souci chronologique. Il faut le souligner d’emblée : le livre de Richard Pipes est un livre à thèse. A travers une lecture qu’il faut bien qualifier d’aride, l’auteur s’emploie à disséquer la nature de l’état patrimonial russe, une terre et un peuple qui étaient la propriété exclusive du tsar. En effet, contrairement à l’Occident médiéval, il n’y eut jamais en Russie de noblesse capable de défendre une quelconque autonomie face à l’Etat. L’administration, le fisc, la propriété, l’armée… tout était concentré entre les mains d’un seul, successeur des empereurs byzantins ayant élu pouvoir à Moscou – avant la création de Saint-Pétersbourg -, la troisième Rome. Alors qu’en France et dans l’Empire germanique, l’Eglise entend défendre ses privilèges face au pouvoir royal (gallicanisme), en Russie l’Eglise orthodoxe se met, pieds et mains liés, au service de l’Etat. Par excellence la Russie était la terre de l’autocratie, c’est-à-dire un Etat dans lequel un seul individu détenait la totalité du pouvoir. Le problème, c’est qu’au XIX° siècle, face à la menace que constituent le marxisme et le nihilisme, les serviteurs fidèles et désintéressés de l’Etat son peu nombreux. Cela expliquera en partie la facilité avec laquelle l’Etat des Romanov, puissance séculaire, tomba et se disloqua. La force du fatalisme slave, la faiblesse de la classe moyenne, l’étendue du pays, la médiocrité des administrations militaire et civile et la nature même d’un pouvoir qui était devenu policier – afin de lutter contre les forces montantes – facilitèrent la prise du pouvoir par les bolcheviks. Résultat : l’héritage historique a rendu la rupture avec le despotisme très difficile. Cela explique, encore aujourd’hui, certains traits d’un pouvoir peu à l’aise, c’est le moins qu’on puisse dire, avec les conquêtes démocratiques.
Un livre difficile mais essentiel pour qui veut comprendre la nature profonde de la nation russe.

Richard Pipes, Histoire de la Russie des tsars, Perrin, 2013, 460 pages, 24.50 €

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Histoire Recensions

L’Europe barbare 1945-1950

Broché: 488 pages
Editeur : Librairie Académique Perrin (28 février 2013)
Langue : Français
ISBN-10: 2262037760
ISBN-13: 978-2262037765
Dimensions : 24 x 15,4 x 3,8 cm

 L’Europe barbare (1945-1950)

Passionnant et original ! Voici les deux mots qui viennent lorsqu’on referme le livre du chercheur britannique Keith Lowe.
Dans l’esprit de la plupart des Européens, l’année 1945 ferme une parenthèse tragique, ouverte en août 1914 avec le premier suicide de l’Europe. Ce n’est pas aussi simple. En effet, les cicatrices de la guerre civile européenne ont mis du temps à se refermer. Par souci de simplification l’auteur s’en tient aux cinq années qui suivent la fin de la Seconde Guerre, mais il aurait pu tout aussi bien choisir un temps plus long. Qui sait qu’en Ukraine et dans les pays baltes, jusque dans les années 1950, des partisans nationalistes combattaient le pouvoir soviétique ? Sur un plus large, cette période ouvrait sur la Guerre Froide, appelée à durer jusqu’à la chute du Mur de Berlin (1989) et l’implosion du communisme.

L’Europe barbare est un condensé, une sorte de bréviaire de la haine dans l’Europe de ce milieu de XX° siècle, un temps où la vie d’un homme ne vaut pas un clou, une époque durant laquelle un peuple peut s’estimer heureux d’être déporté (cas des Tatars de Crimée) alors que d’autres risquent l’élimination pure et simple (juifs, tsiganes). La violence des peuples et des individus est à fleur de peau et il suffit d’un rien pour la libérer. Nazis et communistes sont bien sûr les premiers et les plus forts dans ce genre d’exercices. Nombre d’études et de livres ont fait le bilan terrible de l’un et de l’autre. Cette barbarie, souvent exercée à l’encontre d’innocents, ouvre la porte à d’implacables vengeances. La violence exercée en Russie par l’Armée allemande sera vengée lorsque les Soviétiques envahiront le Reich : des centaines de milliers d’Allemandes furent violées et onze millions de personnes déplacées. Les Alliés occidentaux, chantre de la démocratie, ne sont pas épargnés par K. Lowe : comment expliquer le bombardement sauvage, en 1944-1945, de villes historiques n’ayant aucun caractère stratégique ?

Au-delà des prodromes dus au conflit mondial, l’auteur parcourt toute l’Europe à la recherche de cette brutalisation, laquelle trouve parfois sa source dans des antagonismes anciens indépendants de la montée des totalitarismes. Si les violences entre Ukrainiens et Polonais, entre Croates et Serbes ont été libérées par la guerre, elles prennent racine dans des oppositions séculaires. Il faudrait ajouter à ce terrible bilan les conflits périphériques que précipita la guerre, comme la guerre civile en Grèce (1944-1949), la liquidation des démocrates dans les futures démocraties populaires, etc. Ce sombre et terrible bilan s’achève sur une note positive. Si l’Europe, en tant que construction politique, n’est guère populaire ces temps-ci, il ne faudrait pas oublier qu’elle revient de loin car elle s’est assénée des coups dont elle aurait très bien pu ne pas se remettre. La déshumanisation fut telle que la situation paisible d’aujourd’hui ressemble à un retournement quasi-miraculeux.

Keith Lowe, L’Europe barbare (1945-1950), Perrin, 2012, 488 pages, 25 €

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Recensions

Assassinés

Broché: 357 pages
Editeur : Librairie Académique Perrin (24 janvier 2013)
Langue : Français
ISBN-10: 2262036500
ISBN-13: 978-2262036508
Dimensions : 24 x 15,4 x 3,6 cm

  Assassinés

Journaliste au Figaro Magazine, Jean-Christophe Buisson a pris le parti de relater quinze assassinats qui ont fait l’histoire. Certains sont très connus, comme l’assassinat de Jules César ou de l’héritier du trône de l’Autriche-Hongrie, François-Ferdinand. D’autres le sont beaucoup moins. Le public ne sait ordinairement pas grand-chose des meurtres d’Abraham Lincoln ou de Patrice Lumumba. Il ne faut guère chercher de relations entre chacun des quinze car les situations et les types d’assassinat sont très variés. Certains concernent des dynastes (Henri III, Nicolas II), d’autres des présidents (Lincoln, Sadate), des chefs de gouvernement (Dollfuss, Indira Gandhi). Tous concernent des personnalités politiques victimes de services de sécurité incompétents. Tous montrent aussi – et l’auteur a bien raison d’insister là-dessus – la grandeur avec laquelle ces hommes et femmes d’Etat ont su tirer leur révérence.

Très plaisant à lire, Assassinés fait penser à la grande époque de l’Histoire en France, celle où des Decaux et Castelot popularisaient leur passion. Le livre de Jean-Christophe Buisson porte la marque de ces livres qu’on a du mal à lâcher, tout simplement parce que l’auteur a réussi à se faire oublier et à concentrer l’attention du lecteur sur des histoires dramatiques qui ne relèvent pas du roman ou de la science-fiction. Voilà, semble dire l’auteur, des faits bruts, voilà comment les choses se sont passées. C’est bien ce que l’on demande à un livre d’histoire. Pas besoin d’en tirer on ne sait quelle conclusion, juste des faits, seulement des faits. Ce livre appelle une suite tant les assassinats célèbres sont légion. Deux noms viennent spontanément à l’esprit : Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry assassiné sur l’ordre du roi Henri II et, beaucoup plus proche, Alexandre de Yougoslavie, abattu en 1934 à Marseille.
Une seule remarque négative : Pourquoi à tout prix vouloir faire de César l’empereur qu’il n’a jamais été ?

Jean-Christophe Buisson, Assassinés, Perrin, 2013, 357 pages, 21 €

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Histoire des conclaves

Broché: 268 pages
Editeur : Librairie Académique Perrin (9 mars 2013)
Collection : Pour l’histoire
Langue : Français
ISBN-10: 2262023085
ISBN-13: 978-2262023089
Dimensions : 22,4 x 14 x 2,4 cm

 Histoire des conclaves

On l’a vu récemment : l’élection du pape François a ravivé l’intérêt du public pour tout ce qui concerne la papauté. En dépit de la sécularisation des sociétés les plus avancées, il faut reconnaître que cette tradition continue de fasciner, y compris les esprits les plus rétifs aux phénomènes religieux. Les sociétés occidentales, anesthésiées par la doxa du suffrage et de l’égalité universels, n’ont aucune peine à s’intéresser à une survivance du passé qui choisit le pape dans le collège le plus restreint possible. Alors qu’il faut moins de 120 cardinaux pour élire un pape, tout président ne peut l’être que grâce à l’addition de millions de suffrages. Le legs du passé joue à plein pour cette élection très éloignée des critères démocratiques traditionnellement en vigueur. Dans cette histoire menée avec ardeur par Yves Chiron, que retenir ? La petite histoire, on nous l’a assez répété, a beaucoup glosé sur le conclave (en latin, « pièce fermé à clé »).Pas de campagne électorale, un choix d’élus théoriquement illimité mais pratiquement très fermé, des habitudes et traditions comme celle véhiculée par le fameux dicton : « Qui entre pape au concile en ressort cardinal ».

Menant cette histoire tambour battant, Yves Chiron donne l’essentiel en un peu plus de 200 pages. Il s’agit certes d’une histoire tourmentée mais Yves Chiron en donne les clés d’accès. Il revient sur les réformes successives, en particulier celle prise en 1073 par le pape Nicolas II qui réservait l’élection du pape aux seuls cardinaux. A travers l’histoire des conclaves ce sont des pans entiers de l’histoire de l’Eglise qui passent à la lumière. Des pages précieuses sont consacrées par exemple à l’élection du pape Martin V, élection qui mit fin au Grand Schisme, sombre période durant laquelle l’Eglise a compté trois papes. Grâce à des archives évidemment plus nombreuses, les élections au XX° siècle donnent à voir les luttes de courants qui sourdent au sein du collège cardinalice.

L’auteur ayant mis un point final à son livre juste avant la dernière élection, il ne pouvait pas prévoir l’accès au souverain pontificat de l’archevêque de Buenos-Aires. S’il cite bien Mgr Bergoglio au sujet de l’élection de 2005, huit ans plus tard il n’en fait pas l’un des favoris. Un beau livre d’histoire.

Yves Chiron, Histoire des conclaves, Perrin, 2012, 268 pages, 21 €

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Histoire Recensions

La guerre du Viêt Nam : 1945 – 1975

Broché: 833 pages
Editeur : Librairie Académique Perrin (6 octobre 2011)
Langue : Français
ISBN-10: 2262033870
ISBN-13: 978-2262033873
Dimensions : 24 x 15,4 x 4,6 cm

 La guerre du Viêt Nam

Les Editions Perrin viennent de publier un ouvrage très achevé sur la guerre du Vietnam. Ce livre – ou plutôt cette masse de quelque 800 pages – est dû à la plume de l’historien américain John Prados, un auteur qui a dû consacrer des années à la rédaction d’un épais volume qui est plus qu’un ouvrage de synthèse. John Prados offre en effet des informations de première main, souvent dues aux interviews de témoins encore en vie.

La masse des informations et l’intelligence du propos sont évidentes, l’intérêt moins. La lecture piétine devant la vision d’une guerre vue seulement à hauteur d’état-major. L’accent est surtout mis sur le rôle des politiques, sur leurs rapports avec la hiérarchie militaire Les décisions politiques sont bien sûr essentielles dans la conduite d’une guerre. Ici leur importance est telle qu’elles finissent par embourber le récit et embrumer la chronologie. De plus, le conflit n’est vu qu’à travers le prisme des acteurs américains. On aurait aimé que la parole soit davantage donnée aux protagonistes vietnamiens, du Sud comme du Nord. Les opérations militaires sont trop hâtivement traitées. Le récit ne colle pas suffisamment au terrain. Si l’auteur disserte longuement sur les décisions prises à Washington, il ne dit rien de la vie du soldat au jour le jour. Rien non plus sur l’engagement et le patriotisme des Viet Cong. J. Prados décrit une guerre d’états-majors, planifiée sur cartes. Il manque l’épaisseur humaine. Comment vivaient les Nord-Vietnamiens, soumis à des bombardements continus ? Les Sud-Vietnamiens étaient-ils autant anticommunistes qu’on l’a proclamé ? Quels étaient leurs rapports avec la troupe américaine ? Quelle était la motivation des soldats du Sud dont on raconte que beaucoup désertaient ? Et la vie des paysans du Sud pelotonnés au sein des villages et hameaux stratégiques ? Et celles des paysans et ouvriers du Nord vivant dans un contexte et une économie de guerre ? Du plus grand conflit de la Guerre Froide on aurait souhaité une vision plus ardente, plus humaine, en un mot plus passionnée… Au lieu de cela, cette Guerre du Vietnam se donne à lire comme un récit certes solide, mais manquant sa cible car passant à la trappe des éléments essentiels de ce conflit particulier. Un livre au total peu décevant quand on sait l’incroyable travail de collecte d’informations réalisé par l’auteur.

John Prados, La guerre du Viêt Nam, Perrin, 2012, 813 pages, 30 €